On vous recommande vivement Le Corset de Louis Clichy. Cette petite merveille, sensible et émouvante, au cinéma mercredi 14 octobre, a remporté le Prix du Jury et le prix du Public au Festival du Film d’animation d’Annecy après un Prix spécial du jury à Cannes, dans la section Un Certain Regard.
Pour son premier long-métrage d’animation, Louis Clichy nous entraîne au cœur de la Beauce, là où il a grandi dans une famille d’agriculteurs. On ne s’étonne donc pas que son héros soit fils d’éleveur et de céréalier. À 11 ans, Christophe a du mal à se faire une place, entre un grand frère, qui se prépare à entrer au lycée agricole, et une petite sœur qui ne marche pas encore. Alors il fait de son mieux pour régler son pas sur ceux de son père et de son aîné.
En quelques scènes, Louis Clichy décrit la crise d’identité de l’enfant du milieu agricole mais sans en faire toute une histoire. Son histoire si particulière commence en fait lorsque, le jour de la photo de classe, Christophe ne parvient pas à rester droit. Il penche à gauche et son inclination s’amplifie de jour en jour jusqu’à tomber lorsqu’il ne parvient pas à retrouver l’équilibre. L’enfant va devoir porter un corset métallique qui lui maintient le dos et le torse, jusqu’au cou. « J’ai porté moi-même un corset lorsque j’étais un peu plus âgé que Christophe, confie le réalisateur de passage à l’Omnia à Rouen. Mais le mien ne me prenait pas le cou. J’ai ajouté cette contrainte à mon personnage car cela donne quelques scènes amusantes. » De fait, même si l’on éprouve de l’empathie pour l’enfant, on ne peut s’empêcher de sourire de ses maladresses lorsqu’il n’arrive pas à manger, à lire ou à écrire.
Une découverte de la musique
Ce corset, c’est une contrainte de plus qui l’éloigne de son père trop occupé à gérer une ferme au bord de la faillite. Christophe regrette de ne lui être d’aucune aide et se voir plutôt comme un boulet. Louis Clichy ne va pas en rester là. Comme lui, Christophe va découvrir un tout autre univers que celui de sa famille. Ce ne sera pas le dessin, comme le réalisateur, mais la musique. L’église que fréquente la famille dispose d’un grand orgue qui sonne magistralement pendant les offices. Un jour, Michel, l’organiste, lui demande de tourner les pages de sa partition et, voyant le trouble mêlé d’émerveillement de Christophe, il se propose de lui donner des cours. L’idée de l’orgue ne tient pas du hasard. « Je voulais que Christophe s’approprie un instrument costaud, impressionnant, avec beaucoup de touches à manipuler, des claviers, des pédales, un peu comme un agriculteur qui manipule et maîtrise son tracteur. »
Le spectateur observe Christophe qui s’approprie avec bonheur cet instrument monumental, apprécie la relation quasi paternelle qui naît entre Michel et l’enfant et, au fil du temps qui passe, écoute sa progression dans le sublime Requiem de Fauré. Dans le décor plat de la Beauce, sublimé par les couleurs pastels qui changent au fil des saisons et des moissons, l’art et l’agriculture font bon ménage. C’est dans ce cadre âpre et enchanteur que va naître une histoire d’amour entre Christophe, qui grandit sagement, et Clara, la rebelle qui va faire vibrer les cœurs. Pour le jeune héros, la vie vacille Comme un ouragan — la chanson de Caroline de Monaco que son père écoute en boucle — et trouve son équilibre avec l’apaisant Requiem de Fauré.
À quelques jours des vacances scolaires, ne ratez pas Le Corset à voir en famille avec les enfants à partir de 7 ans.
- Le Corset de Louis Clichy (France, 1h30) avec les voix de Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin, Alexandre Astier, Jean-Pascal Zadi…
