De l’étonnement ? Pas vraiment. De la colère et de l’inquiétude ? Énormément. Après la décision de la part des partenaires de fortement diminuer leur contribution financière et de ne pas renouveler le mandat de Valérie Baran, la directrice, Le Tangram à Évreux est une structure à nouveau fragilisée. Une structure que défendent Frédéric Simon, abonné, Aline Villeneuve, administratrice adjointe et représentante du personnel, et Faustine Le Bras, personnalité qualifiée au sein du conseil d’administration.
Le Tangram, « c’est notre petit bijou ». Frédéric Simon est un fidèle abonné de la structure culturelle d’Évreux. « La programmation propose le meilleur à chacun et résonne avec les problématiques quotidiennes. Quand je m’assois dans un théâtre, je suis comme un enfant. Je suis dans l’émotion. On m’emmène vers d’autres endroits et on m’invite à la fin à réfléchir. Le spectacle vivant a un rôle indispensable et au théâtre, on ne passe jamais une mauvaise soirée. » Alors la décision des contributeurs (Ville d’Évreux, Évreux Portes de Normandie, Département de l’Eure, Région Normandie et État) de baisser leur enveloppe de 354 000 € et de ne pas renouveler le mandat de la directrice Valérie Baran ne l’étonne pas vraiment. « Nous le voyons au niveau national. Il y a aujourd’hui beaucoup de déception et d’appréhension. »
L’inquiétude, l’angoisse et l’incompréhension sont ressenties chez les membres de l’équipe du Tangram. « Le projet fonctionne, rappelle Aline Villeneuve, administratrice adjointe et représentante du personnel. Les trois activités (la scène nationale, la salle de musiques actuelles et le palais des congrès, ndlr) plaisent. L’action culturelle, aussi. Le public est là. La situation financière est saine. Le bilan a été salué au conseil d’administration au mois d’août. Rien ne laissait entrevoir de telles décisions. Les représentants du personnel n’ont pas été informés ».
Chez Faustine Le Bras, une des deux personnalités qualifiées du conseil d’administration, c’est la colère qui domine. « Je suis affligée par cette décision. D’autant que le débat n’a pas été à la hauteur de l’enjeu parce qu’il n’y a pas de reproches à faire à Valérie Baran. Je suis très étonnée de la façon dont les choses se passent. J’ai voté contre le changement des statuts. » Un vote obligatoire pour modifier la part des contributeurs au sein d’un EPCC (établissement public de coopération culturelle) qui ne protège désormais plus une structure culturelle.
« Si Le Tangram lâche, qui va suivre ? »
Faustine Le Bras se demande maintenant : « quel est l’objectif ? Comment remplir le cahier des charges d’une scène nationale avec autant de moyens amputés ? Quelle est la véritable volonté ? Est-ce perdre la labellisation pour avoir un théâtre municipal ? On coupe la tête et des financements à une structure à un moment où elle en a le plus besoin. C’est aussi un plan social qui ne dit pas son nom. » La diminution d’une telle enveloppe aura des incidences économiques et sociales sur le territoire, notamment « sur les restaurants et les hôtels. Nous réservons des nuitées pour les artistes et les compagnies. En juillet, je n’enverrai pas de mails pour réserver de septembre à décembre. Cela va détruire tout un écosystème », annonce Aline Villeneuve. Il faut ajouter à cela moins d’actions culturelles pour les associations, les milieux scolaires et médico-sociaux et moins de dates pour les artistes, les compagnies et les techniciens.
Sans oublier le festival, Les AnthropoScènes — l’édition 2027 a été annulée. « C’était pourtant un événement, ambitieux pour la ville d’Évreux, qui rayonnait au-delà de la ville. Le festival permettait de parler d’Évreux de manière positive, remarque Frédéric Simon. C’était important et intéressant parce que l’on discutait de l’avenir de la planète avec des artistes et des scientifiques. J’y emmenais des classes. »
L’équipe du Tangram est mobilisée. « Nous sommes motivés, unis, soudés pour soutenir la structure », assure Aline Villeneuve. « Il faut se battre pour le Tangram et les autres salles de la région », poursuit Faustine Le Bras. Un tel désengagement de la part des tutelles envoie en effet un mauvais signal au milieu culturel. « Si Le Tangram lâche, qui va suivre ? », s’interroge l’administratrice-adjointe. « Nous le voyons bien. La culture n’a plus beaucoup de place, regrette Frédéric Simon. C’est une lutte que nous devons mener. 2027 sera une année de combat » qui commence le 19 novembre, date à laquelle est annoncée une manifestation de soutien.
