Pour son premier long-métrage, Marion Le Corroller filme la vie professionnelle trépidante d’une jeune interne qui croise un virus inquiétant. Attention, Sanguine, dans les salles de cinéma mercredi 28 octobre, est interdit au moins de 16 ans
Il faut parfois avoir le cœur bien accroché lorsqu’un film d’épouvante est au programme. Cette semaine, c’est Sanguine, le premier long-métrage de Marion Le Corroller qui semble vouloir marcher dans les pas de Julia Ducournau à qui l’on doit Grave (2017) et Titane (2021), Palme d’or au festival de Cannes… Alors, quand faut y aller, faut y aller. On s’est un peu forcé à regarder… et on n’a pas été déçu.
Marion Le Corroller ouvre son film sur une scène tendre — profitez-en, c’est la seule — avec un papa pas peu fier de déposer sa fille devant l’entrée d’un grand hôpital parisien où elle entre pour la première fois en tant que médecin au service des urgences. Une fois dans le bâtiment, Margot (Mara Taquin, très intense) semble impressionnée, cherche son chemin dans le dédale des couloirs, reçoit peu d’attention de ceux qu’elle croise. Elle finit par se retrouver dans une chambre exiguë, aux murs gris avec un petit lit, une petite table et une fenêtre qu’elle ne parvient pas à ouvrir.
En quelques scènes, Marion Le Corroller décrit les conditions de travail pénibles des internes que le système exploite au prétexte de ne garder que les plus performants, les plus endurants, les plus résistants. Les autres vont voir ailleurs, tombent dans un burn-out et/ou se suicident. Magot s’accroche. Avec la complicité de Louis (Sami Outalbali, doux et réservé) et malgré une rivalité agaçante avec Pauline (Kim Higelin, tête à claques au premier abord), elle supporte la rigidité de son inflexible patron, Hélène (Karin Viard, qui a le chic pour se montrer détestable).
Dans un réalisme
Pas question cependant de rester dans un contexte de documentaire. Marion Le Corroller passe rapidement dans une spirale fantastique. L’une des patientes du même âge que Margot présente des troubles du sommeil inquiétants, parle d’une perte de sang inexpliquée, montre des plaques prurigineuses dans le dos et présente un comportement très nerveux… Intriguée, Margot fait des recherches et trouve des cas similaires dans les dossiers de l’hôpital. Pire, elle-même commence à développer des signes inquiétants. Elle transpire du sang et des plaques apparaissent sur son corps…
Pour avoir travaillé dans l’univers de la finance — et fait un burnout —, c’est le monde du travail qui intéresse Marion Le Corroller, et là, c’est le réalisme qui prédomine. Dans un hôpital censé soigner les corps, elle filme ce qui les abîme : l’autorité et l’exigence d’un médecin-chef, la compétition entre ses subordonnés qui se met en place entre eux, soutenue par la nomination et l’affichage de l’employé du mois, l’épuisement physique de ceux qui se donnent à fond, la fatigue morale de ceux qui ne se pensent pas à la hauteur. La réalisatrice suit Margot dans ses faits et gestes. Médecin débutante, elle fait de son mieux pour prendre en charge un patient, diagnostiquer son problème et le soigner. Pourtant, compte-tenu de la pression qui sévit dans le service, le stress l’envahit au point qu’elle saigne sans qu’on puisse voir la moindre plaie. Le fantastique s’immisce progressivement dans la réalité. On s’inquiète pour elle, pour les autres, et on repense avec appréhension aux années Covid.
L’ironie de Marion Le Corroller, c’est d’avoir imaginé un virus qui rend ses victimes plus performantes au travail. Mais est-ce que tout ça peut finir bien ? À vous de voir… et peut-être mieux comprendre ce qui amène la Gen Z est dans la rue.
- Sanguine de Marion Le Corroller (France, 1h43) avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin…
