La Chica : « Il y a la volonté d’écrire des chants de guérison »

par | 29 juin 2021 | Concert, TDJ2021

Sophie Fustec est La Chica. Elle a passé plusieurs années à accompagner aux claviers divers artistes tels que Yael Naim, Pauline Croze, Christophe Maé, Mayra Andrade… La voilà seule au piano, irradiante. La Chica qui relie plusieurs mondes, de Belleville où elle a grandi jusqu’à l’Amérique latine, la terre d’une partie de sa famille, de la pop électro aux influences plus classiques. Son nouvel album, très brut, La Loba (la louve), dédié à son frère, disparu après un accident de voiture, mêle rage, tendresse, magie et amour. Entretien avec La Chica avant son concert le 1er juillet lors des Terrasses du jeudi à Rouen.

Quel est votre rapport au piano ?

C’est une relation d’amour — et ça l’a toujours été —, une relation très intime parce qu’il a toujours été là pour recueillir mes émotions et mes états d’âme. Petite, j’étais plutôt réservée et timide et le piano m’a permis de m’exprimer. Cette relation a évolué en un amour pour la musique et la scène. Je l’ai laissé tomber pendant quelques années pour m’intéresser davantage aux claviers et aux synthétiseurs avant de le retrouver sur le dernier album.

Est-ce que le piano a été là lors de moments précis dans votre vie ?

Oui, complètement. Il est génial pour pouvoir interpréter des chansons avec des amis. Il est aussi présent quand j’ai besoin de lâcher prise, de dire ma rage, de pleurer. Le piano permet une vibration directe sur les doigts, dans mes mains, dans mes bras, dans tout le corps. C’est étrange lorsque je joue. Je ne sais pas si c’est moi ou lui qui guide.

Quel rapport créez-vous entre le piano et votre voix ?

C’est un rapport à trois. Il y a le piano, la voix et moi au milieu qui relie ces deux choses. Je ne considère pas le piano comme un instrument accompagnateur mais comme un orchestre. Il suffit de deux ou trois notes. Pour moi, la voix est un instrument et un instrument génial qui a une fonction variée. Parfois, il leur arrive de s’échanger les rôles. Il y a 1 000 possibilités avec ces deux-là.

Travaillez-vous votre voix comme le piano ?

Je dois travailler ma voix. Je n’ai pas ce don. Ma voix ne sonne pas naturellement. Si je la laisse tomber, je perds beaucoup de capacité. Cela m’intéresse d’ailleurs de la travailler comme un instrument pour aller chercher des choses différentes. Cela passe aussi par de l’amusement. Quant au piano, comme je l’ai travaillé alors que j’étais petite, j’ai plus de facilité. Néanmoins, si je ne joue pas, j’ai ensuite les doigts en carton.

Avez-vous composé La Loba sur le piano ?

Oui, complètement. On entend sur l’album les morceaux tels qu’ils ont été composés. Le travail a été très brut. Les chansons sont sorties comme cela et j’ai eu envie de les laisser comme elles sont arrivées. Sur l’album, j’ai juste cherché à les mettre en espace pendant la production.

Est-ce que ce fut aussi brut et spontané pour l’écriture des textes ?

Oui, ce fut assez brut. L’écriture a commencé pendant le premier confinement. J’ai écrit, comme il m’arrive de le faire sans savoir toujours pourquoi. Puis, mon frère a eu un accident. Les textes résonnaient déjà avec cette tragédie. Comme si j’avais eu une intuition. D’autres sont venus après. Cet album est une sorte de chevauchement. C’est très étrange. Il est décédé en juillet et j’ai fini l’album en septembre. Tout a été comme un jet, un témoignage, une nécessité vitale de transformation de ce que j’étais en train de vivre.

Est-ce que ces intuitions sont venues avec des images ?

Oui, je me suis mise à écrire avec des images en tête. Notamment celle du serpent qui change de peau. Mon frère était lui aussi en train de changer de peau pour renaître. Il laissait sa vieille peau pour passer à un autre niveau dimensionnel. Lui qui menait un combat féministe m’a emmené vers ce thème de La Loba. Les femmes traversent des épreuves dures qui peuvent être considérées comme des petites morts. Après de tels moments difficiles, elles peuvent revivre tout en étant plus fortes. Pour y parvenir, pour retrouver cette force qui est en elles, elles doivent se reconnecter à leur nature. Cette chanson fait partie d’une étape et m’aide beaucoup. Après une perte, on a l’impression que l’on va mourir aussi. Parce que c’est une partie de nous est partie. Alors il faut se recomposer. Cette légende de la Loba est incroyable. Elle a le pouvoir de remettre en place votre squelette et d’ouvrir ce chemin vers la reconstruction. C’est très beau.

Il y a un côté mystique à tout cela.

Oui, bien sûr. Il y a la volonté d’écrire des chants de guérison. Cela ne m’intéresse pas de traverser cette expérience en la fuyant. J’ai envie de la regarder dans les yeux. Je suis surprise à quel point, il se dégage de la lumière et de l’amour. Evidemment, cela n’empêche pas les moments de tristesse infinie. C’est pour cela que nous sommes dans le domaine de la guérison. Cela passe par la compréhension de la situation pour soi-même et pour les autres, aussi par des rituels. J’aime aller dans les rivières pour me délester de toute cette lourdeur, de ce poids qui n’est pas nécessaire lorsque l’on veut avancer. Cela permet de se reconnecter avec l’essence de la vie, de retrouver ce rapport avec les éléments. Nous faisons partie d’un grand tout.

Cela peut même aller jusqu’à la transe.

Complètement. C’est le but. La transe permet de nous connecter à des choses que l’on ne voit pas quand on est dans le speed du quotidien. Cela ne s’explique pas. Ce sont des intuitions, des moments à part, uniques. C’est ce que je recherche à travers la musique.

Comment y parvenir pendant un concert ?

J’aime bien arriver avec un set bien préparé. Avant un concert, je travaille beaucoup. Ce qui me permet de lâcher prise quand je suis sur scène. Il faut être en confiance avec soi-même pour vivre ces moments-là.

Les Terrasses du Jeudi 1er juillet

  • Place de la Rougemare : Med à 18h30, La Chica à 21 heures
  • Place du Chêne rouge : J Sugar & orquestra à 18h30, Sango Ndedi Ndolo à 21 heures

La programmation

Jeudi 8 juillet

  • Aître Saint-Maclou : Hawaiian Pistoleros à 18h30, Inland à 21 heures
  • Place du Chêne rouge : Ottis Cœur à 18h30, Cannibale à 21 heures

Jeudi 15 juillet

  • Square Gaillard-Loiselet : Philo et les Voix du Tambour à 18h30, Amen Viana à 21 heures
  • Place du Chêne rouge : You Said Strange à 18h30, Laetitia Shériff à 21 heures

Jeudi 22 juillet 

  • Place de la Rougemare : Bakos à 18h30, La Gazette à 21 heures
  • Place du Chêne rouge : Molina Unit à 18h30, La Maison Tellier à 21 heures

Jeudi 29 juillet 

  • Square Gaillard-Loiselet : Lonny à 18h30, Octantrion à 21 heures
  • Place du Chêne rouge : Biceps-B à 18h30, Johnny Mafia à 21 heures

Infos pratiques

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