« Madame Bovary » en 280 tweets

par | 29 janvier 2021 | Lecture

Le collectif Baraques Walden a lancé un pari : adapter le célèbre roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary en 280 tweets. Le premier est publié ce vendredi 29 janvier. Le Projet Bowary est à découvrir chaque jour sur les réseaux sociaux jusqu’au 6 novembre dans le cadre de Flaubert 21.

Ils sont « une bande » d’écrivaines et d’écrivains. Un de leurs objectifs : « monter que nous sommes capables de faire ensemble quelque chose de potache, de rigolo et de sérieux ». Cette chose, c’est s’attaquer à un monument comme Madame Bovary. Pour y parvenir, il faut en effet de la rigueur afin d’éviter de s’attirer les foudres des inconditionnels du roman de Gustave Flaubert. 

Dans le cadre de Flaubert 21, Stéphane Nappez a eu l’idée de réécrire l’histoire d’Emma Bovary en tweets. Il a donc fait appel à sa bande. « Au début, ils m’ont répondu par amitié. Ce ne sont pas tous des pro-Flaubert et les filles n’ont pas non plus une haute opinion de Madame Bovary. Il faut remettre cette histoire dans son contexte. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque-là, montrer une cheville, c’était hot. Emma Bovary est une femme qui fait de la résistance et veut rependre la possession de son corps. À un moment, tous se sont pris au jeu et ont adoré l’exercice. Ils se sont surpris eux-mêmes ».

Sur scène avec le Groupe Chiendent

La première étape du travail : la lecture du livre. « Les écrivains sont de bons lecteurs. Quand on massacre une œuvre, on est obligé de la lire de manière approfondie. Il faut ensuite se demander ce que l’on a envie de faire ressortir et trouver un angle ». Stéphane Nappez a effectué un découpage de Madame Bovary et a confié les différents morceaux du livre à dix autrices et auteurs du collectif, Julia Kerninon, Arno Bertina, Emmanuel Renart, Laure Limongi, Fabrice Chillet, Agnès Maupré, Frédéric Ciriez, Fred Duval, Maylis De Kerangal et Vincent Message. « Même si les angles et les styles sont différents, l’œuvre résiste à notre action ».

Madame Bovary va désormais se raconter en 280 tweets qui sont à découvrir chaque jour jusqu’au 6 novembre 2021 pendant l’événement Flaubert 21 dans ce Projet Bowary. Le premier écrit par Julia Kerninon, « drôle et talentueuse », sera publié sur les réseaux sociaux ce vendredi 29 janvier.

Le Projet Bowary se poursuit avec le Groupe Chiendent et les habitants du Château blanc à Saint-Étienne-du-Rouvray. « Madame Bovary est le contre-exemple de ce qu’il faut proposer à l’école. C’est un roman qu’il faut rencontrer plus tard. Nous allons leur mettre dans les pattes tout ce qu’ils détestent », s’amuse Stéphane Nappez. Dans le cadre du festival Terres de paroles, Nadège Cathelineau et Julien Frégé partageront ces écrits avec une troupe de jeunes sur la scène du Rive gauche à l’automne 2021.

Infos pratiques

Le collectif Baraques Walden

Baraques Walden est un collectif d’écrivaines et écrivains. Un nom en forme de clin au roman de Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, paru en 1854. L’auteur américain a construit au bord du l’étang Walden dans le Massachusetts une cabane pour y écrire. Il y a vécu pendant deux ans, entre 1845 et 1847, en pleine autarcie.

Dans le projet du collectif, il y a aussi la construction de maisons en bois pour « accueillir des écrivains qui ont besoin d’un lieu de résidence, propice à la création personnelle, et d’un moment pour s’isoler », explique Stéphane Nappez, président du collectif. Ces Baraques Walden ne seront pas des « tours d’ivoire » mais ouvertes aux amateurs et aussi au public. « Il est important de remettre de la culture à la campagne. Les communes rurales n’ont pas de lieux culturels, des espaces où le public peut rencontrer de manière informelle des écrivains et assister à des lectures ». Les membres de Baraques Walden sont désormais à la recherche d’un espace pour y bâtir ces cabanes. Stéphane Nappez a mené un premier projet sur L’Iliade, un second avec des lycéens des Bruyères à Sotteville-lès-Rouen qui ont réécrit en tweets la Chanson de Roland.

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