Rover : « J’ai dû mettre de côté toutes mes certitudes »

par | 4 juin 2021 | Concert

Eiskeller est un endroit accueillant et vibrant, plein de charme et de lumière, propice au rêve et à l’expression d’une multitude de sentiments. Il peut être ce refuge tel cet arbre évoqué dans To This Tree qui offre une certaine protection. To This Tree est le titre de la première chanson de Eiskeller, le troisième album de Rover. Timothée Reigner s’est imposé un confinement en solitaire pour l’écriture de ce disque dans un lieu plutôt hostile, une ancienne glacière, située dans le quartier Saint-Gilles à Bruxelles à une époque où les ménages ne possédaient pas de réfrigérateur. Entretien avec Rover après une résidence au Tangram à Évreux et avant un concert samedi 5 juin à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu.

Vous avez écrit et composé vos trois albums dans des endroits différents. Comment les lieux influencent votre travail ?

Les lieux ont bien plus d’importance que je ne pouvais l’imaginer. Ils ont une importance dans ma mise en condition, dans le son des albums… Ils finissent toujours par transpirer dans les chansons. Là, j’ai choisi un endroit extrême. Les trois albums sont en effet liés à ces endroits, à leur température, leurs odeurs, leurs fantômes. Je suis trop malheureux dans les endroits aseptisés.

Comment vous a-t-il été possible de rendre chaleureux cette glacière ?

Le seul allié a été la musique. J’ai trouvé un confort dans le lien affectif avec les chansons. Grâce à elles, j’ai pu trouver des émotions. Ce fut évident de me reposer non seulement sur les titres mais aussi sur les instruments qui me sont familiers.

Comment avez-vous éprouvé cette solitude ?

J’ai réussi à mettre cette solitude au profit du disque. Ce qui peut s’apparenter à une épreuve. Un disque est toujours une épreuve parce qu’il faut aller chercher dans des zones de retranchement. Ce sont des lieux écrasants qui nous renvoient dans des endroits mystérieux. Ce qui permet de découvrir de nouvelles sensations.

Avez-vous connu des moments de découragement ?

Cela fait toujours partie du processus d’écriture, du chemin sinueux de la création. Nous sommes obligés de nous poser de nombreuses questions. C’est une forme de maturité qui permet de traverser ces moments. Quand je commence un projet, j’ai soif de voir ce que cela va donner. C’est une mission que l’on veut remplir.

Comment avez-vous géré les silences de cette glacière ?

C’était bizarre. Surtout la nuit. Je remplissais le vide de musique. Le silence est toujours pesant. Et le silence souterrain est vraiment particulier. Il y a des infrasons. Par ailleurs, il n’est pas possible d’éclairer entièrement un tel lieu. Il reste toujours des zones dans l’obscurité et ombragées. Là, l’imagination se met à fonctionner. Cela contribue à l’urgence de la création.

Est-ce qu’un monde calme est toujours inspirant ?

C’est un fantasme absolu. C’est aussi une des choses que j’ai le plus aimée. Pendant ce temps, le monde était au vert et au calme. Cela a chevauché mon propre confinement artistique. Ce fut un réel apaisement. Il a fallu aller loin physiquement et psychologiquement pour ressentir des émotions.

A-t-il été difficile de sortir de votre confinement artistique ?

Le format du disque m’a permis de mettre un stop. Il est la toile de fond et on ne peint pas en dehors du cadre. Sinon, on peint le mur, puis la maison… Pour tous les albums, on s’arrête quand les chansons forment une famille.

Comment avez-vous géré le son dans la glacière ?

C’est ce qui a pris le plus de temps. Je me suis demandé quel genre de disque j’avais envie d’écouter. Dans ce lieu, il y avait le froid, les échos, l’humidité, une vraie atmosphère extrême. J’ai dû mettre de côté toutes mes certitudes. J’avais perdu mes repères. J’ai alors avancé à tâtons et résolu mes énigmes de son avec des paravents, en punaisant des tissus.

Estimez-vous qu’il y a un fil rouge entre vos trois albums ?

C’est indéniable parce que j’utilise les mêmes pinceaux, la même peinture. Je reste fidèle à mes instruments. Ensuite je les déloge à ma manière. Je suis l’acteur principal de mes propres films.

Sur scène, vous serez deux.

C’est un des fils que j’ai tiré du disque. J’aime pouvoir improviser, faire beaucoup avec peu. Cela permet de se poser les bonnes questions, de reproduire ce qui m’a motivé à faire ce disque. À deux, tout l’album apparaît à l’oreille dans son essence. Ce sera donc quelque chose de très brut.

Infos pratiques

  • Samedi 5 juin à 19 heures à l’espace culturel François-Mitterrand à Canteleu.
  • Tarifs : 20,50 €, 13,50 €.
  • Réservation au 02 35 36 95 80.
  • Photo : Claude Gassian

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