Théâtre au CDN : Donner corps à “La Poupée barbue”

par | 2 novembre 2017 | Théâtre

Le premier labo de la saison du CDN de Normandie Rouen est une double rencontre. Celle avec la metteuse en scène, Lorraine de Sagazan, artiste associée, et celle avec un texte, La Poupée barbue d’Edouard Elvis Bvouma, prix Théâtre RFI. Il se tient lundi 6 et mardi 7 novembre au théâtre des Deux-Rives à Rouen.

« Quand il n’y a pas le temps de la maturation, il faut faire confiance aux intuitions ». Cette nouvelle création de Lorraine de Sagazan sera davantage « un geste ». La metteuse en scène aura eu seulement un mois pour travailler ce texte, La Poupée barbue. Les règles du jeu de ce Labo n°8 du centre dramatique national de Normandie Rouen étaient fixées d’avance : porter un regard sur le lauréat du prix Théâtre RFI.

Une récompense décernée le 24 septembre 2017 à Edouard Elvis Bvouma, auteur camerounais, à Limoges lors du festival des francophonies présidé par Dany Laferrière. Parmi les treize pièces de théâtre sélectionnées, « c’était mon choix », confie Lorraine de Sagazan. « Plus je la traverse, plus je l’aime. Plus je la lis, plus je sens la profondeur ». La Poupée barbue est le récit d’une enfant soldat. Elle est une suite au texte A La Guerre comme à la Gameboy dans lequel un garçon soldat se confie à une fillette, restée muette, sur les horreurs de la guerre. Dans La Poupée barbue, c’est elle qui prend la parole. « Il y a un propos de fond, d’une grande violence, qui est résolument politique, un décalage du fait qu’une petite fille raconte la guerre avec une Kalachnikov dans les mains. C’est une aberration ». Lorraine de Sagazan a aussi été séduite par la construction du texte et la part d’ambiguïté dans l’écriture d’Edouard Elvis Bvouma. « C’est ce que je recherche parce qu’il y a plusieurs niveaux de lecture. On peut donc s’en faire l’interprète. Comme le spectateur. Cette ambiguïté évite le côté moralisateur et invite au questionnement ».

Sur le plateau, une seule comédienne, Juliette Speck. « C’est elle qui porte tout sur ses épaules lors des représentations ». Lors des répétions, « nous essayons de donner du corps au texte. Il doit prendre chair. Nous travaillons beaucoup pour qu’il soit digéré, qu’il fasse partie d’elle-même. Juliette doit le transpirer. Elle ne doit pas être dans la réflexion ». Lorraine de Sagazan pose également la question de l’engagement sur scène. « Qu’est-ce que cela signifie ? Cela peut être facile et indécent. Il est alors nécessaire de garder une distance, une décence et, en même temps, d’être dans une incarnation importante pour faire entendre le texte ». C’est tout un jeu d’équilibre à construire.

  • Lundi 6 et mardi 7 novembre à 20 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen. Tarif : 5 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mardi 7 novembre.

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