Il y a l’œuvre, relue avec gourmandise, et tous les échos qui ont résonné par la suite. Cendre Chassanne est revenue au roman de Flaubert pour partager son Emma Boravy, ses souvenirs, ses interrogations sur les conditions de la femme, son émancipation, le bonheur… Bovary, les films sont plus harmonieux que la vie, joué au Volcan au Havre, à L’Éclat à Pont-Audemer et au Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux, est une exploration singulière de la compagnie Barbès 35, entre texte, images et musiques. Cendre Chassanne entame un dialogue avec l’auteur et ses personnages, avec François Truffaut. Entretien.
Est-ce le roman de Flaubert dans son intégralité ou le personnage d’Emma Bovary en particulier qui vous a passionnée ?
Les deux ! Je suis traversée autant par le roman que par le personnage d’Emma. Je l’ai relu à 30 ans. Je pense que c’est le bon âge. On mesure le talent de Flaubert qui décrit les contradictions humaines de tous ses personnages, d’Emma jusqu’à la vieille paysanne. La relecture de Madame Bovary fut un choc parce que ce livre aborde le féminisme, le rapport à l’autre, au fantasme… Ce fut un vrai choc, un choc de plaisir, de rêve, de joie avec cette une critique de la bourgeoisie.
Avez-vous imaginé ce spectacle pendant cette nouvelle lecture ?
Oui. Quand, j’ai relu le livre, je me suis dit que je devais en faire quelque chose. J’avais à cœur de faire découvrir et redécouvrir cet immense roman. Mais c’était une folie, une gageure. Quand on découvre une œuvre et qu’elle vous percute, on ressent le besoin de la partager. En fait, les choses se déclarent d’elles-mêmes. En 2015, j’ai tout relu à voix haute et tout enregistré. J’avais de la matière. Puis une phrase m’a traversée : c’est Truffaut qui aurait dû tourner le film.
Pourquoi ?
J’ai un amour profond pour Truffaut, pour son cinéma et pour l’homme qu’il a été. Il aimait les femmes, les actrices et aurait fait un film avec plus d’empathie que ne l’a fait Chabrol.
Qu’avez-vous retenu du roman ?
J’ai eu envie de m’appuyer sur ces deux êtres, Emma et Charles, qui ont grandi dans des familles différentes. Je suis alors partie de leur enfance, leur adolescence. En fait, tout se joue là. Tout comme l’éducation. C’est à partir de cette période-là que tout se met en place. La pauvre Emma s’ennuie et elle fantasme pour combler cet ennui. Aujourd’hui, elle est là partout. Son histoire est d’une grande banalité. J’ai eu envie de lui donner un visage contemporain. L’image d’Emma va nous apparaître. Elle est cet écho entre le roman et nous, rend compte de ses états d’âme et des nôtres. Elle se pose des questions. Ce qui explique la candeur et la naïveté de cette femme perdue.
Quel rôle jouez-vous ?
Je joue cette créatrice qui veut faire un film avec cette femme. J’ai proposé à ma fille (Pauline Gilet Chassanne, ndlr) qui sortait de l’école de partager ce travail avec moi. Ce fut comme une évidence. Elle aussi m’a mise en scène. Il y a aussi une justesse parfaite parce que ce spectacle parle de transmission.
Êtes-vous seulement en empathie avec Emma Bovary ?
Oui, il y a de l’empathie mais pas seulement. Elle est désespérée. À un moment, ça devient pénible. Elle n’a pas les moyens de s’en sortir mais il y a des limites. D’autant qu’elle sombre dans le matérialisme. Comme nous tous. Nous sombrons avec nos achats dans les boutiques et en ligne.
Infos pratiques
- Mercredi 6 et jeudi 7 octobre à 19h30, vendredi 8 et samedi 9 octobre à 20h30 au Volcan au Havre. Tarifs : de 18 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com
- Mardi 12 octobre à 20h30 à L’Éclat à Pont-Audemer. Tarifs : 14 €, 10 € Réservation au 02 32 41 81 31 et sur http://eclat.ville-pont-audemer.fr
- Jeudi 14 octobre à 20 heures au Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux. Tarifs : de 19 à 10 €. Réservation au 02 35 97 25 43 ou sur lrv-saintvaleryencaux.com
- Durée : 1h10
- Spectacle tout public à partir de 13 ans
- photo : Octave Paute
