Mouss : « nous avons composé notre première chanson d’amour »

photo : Victor Deneumoustier

Ils sont les Darons de la Garonne, titre de cet album, sorti en octobre 2021, comme un hommage à Claude Nougaro. Mouss et Hakim ont reçu sept textes, la plupart inédits, sur l’amour, les souvenirs d’enfance, un beau « cadeau » de la part d’Hélène Bignon, la sœur du chanteur, disparu en 2004. Les deux frères Amokrane, membres du groupe Zebda, ont imaginé à ces chansons un bel écrin musical qui leur ressemble et font une reprise réussie de Nougayork. Ils seront jeudi 3 février au théâtre de l’Hôtel-de-Ville au Havre et vendredi 4 février au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Entretien avec Mouss.

Quand on est Toulousain et que l’on a grandi dans le quartier des Minimes, est-il possible de passer à côté des chansons de Claude Nougaro ?

Pas vraiment. C’est toujours la plus grosse vedette du quartier. Il y a le collège Claude Nougaro, le jardin Claude Nougaro… Depuis que je suis né, j’ai toujours entendu parler de lui. Personne n’oublie que Nougaro a écrit cette chanson sur Toulouse. C’est une belle chanson sur sa ville. De plus, il cite le quartier des Minimes. Petits, nous entendions parler de notre quartier. Aujourd’hui, il reste incontournable et c’est normal.

Pourquoi est-ce normal ?

Claude Nougaro est un poète, un artiste qui a mis beaucoup d’énergie dans sa création et avait une voix exceptionnelle. Sa musique comporte également un sacré lyrisme et un groove de malade. Il fait partie de cette génération d’artistes qui sont allés chercher des mélodies ailleurs, comme au Brésil, au Burkina Faso. Il a eu ce côté visionnaire et il a été ce musicien qui a fait du jazz en français.

Quelle chanson a résonné lorsque vous étiez enfant ?

C’est la chanson sur Toulouse. Il y avait cette question d’appartenance au cœur de notre quête identitaire. Nous qui avons des parents venant de l’Algérie avions l’impression d’appartenir à un territoire. Il y a eu ensuite Nougayork. À sa sortie, nous avions 17 ou 18 ans. Cette chanson, le plus gros succès de Nougaro, est arrivée à un moment où tout le monde pensait qu’il était fini. Nous avons davantage été attirés par ce titre parce que nous sortions en boîtes et entendions Nougayork, entre les titres de Kool and The gang, Bowie et Michael Jackson.

https://www.youtube.com/watch?v=MyUyCcVIPpM`

Vous reprenez ce titre, Nougayork, sur Darons de la Garonne.

C’est une chanson qui percute, avec un sacré groove. Il fallait y apporter de nouveaux arrangements parce qu’elle sonne très années 1980. Elle était pour nous trop datée avec ces claviers. Nous avons préféré un son d’aujourd’hui.

Qu’aimez-vous dans l’écriture de Claude Nougaro ?

Il y a une poésie et une musicalité. Quand Hélène, sa sœur, nous propose des inédits, nous nous sentons reconnus à travers ce que nous avons fait. Ensuite s’est posée la question de la légitimité. Dans un deuxième temps, nous nous sommes demandé si nous allions aimer ces textes et, dans un deuxième temps et demi, nous avons ressenti de la pression. Dans les textes de Nougaro, on est pris d’emblée par cette sonorité si singulière, cette gouaille. Il y a aussi son côté espiègle et son regard. Nous qui venons de la chanson avec une poésie sociale, nous avons composé notre première chanson d’amour.

Comment vous êtes-vous approprié cette langue si singulière ?

Il a tout d’abord fallu comprendre le texte, trouver le rythme et le dire comme un souffle. C’était l’étape la plus importante. Et elle a pris un peu de temps. Je pense que Nougaro et nous, avec Zebda, avons des similitudes dans notre parcours, notamment arriver au point d’équilibre entre texte et musique. Nous avons retrouvé notre façon de faire avec le groupe en étant très précis dans notre façon d’écrire la mélodie. À la fin, il a fallu incarner à 100 % pour être dans l’automatisme. C’est ce qui nous a aidé à faire du Nougaro sans faire du Nougaro.

Quelle est le premier titre que vous avez lu ?

C’est Le Lait caillé. Pour nous qui sommes enfants de berger kabyle, c’était génial, magnifique. Nous avons été élevés au lait caillé. Nous avons pris cela comme un signe. Ce texte est toute notre vie et fait sens à tous les niveaux.

Sur scène, vous mêlez les textes de Nougaro et ceux de Zebda.

Les Darons de la Garonne, c’est l’histoire d’un parcours. Les titres de Zebda ont toute leur place dans la narration. Ce projet est arrivé lors de cette période si particulière et a été une bouée de sauvetage. Il a été réconfortant. Il est un pas de côté qui nous permet de goûter au bonheur du renouveau et de la fraicheur.

Infos pratiques

  • Jeudi 3 février à 20 heures au théâtre de l’Hôtel-de-Ville au Havre. Tarifs : de 20 à 10 €. Réservation au 02 35 19 45 74 ou sur https://thv.lehavre.fr
  • Vendredi 4 février à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Tarifs : de 25 à 15 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 73 95 15 ou sur www.trianontransatlantique.com
  • photo : Victor Deneumoustier
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