Lundi 28 août, Robert Blaizeau a succèdé à Sylvain Amic à la direction de la RMM, Réunion des musées métropolitains à Rouen. Ce conservateur du patrimoine expose les grandes lignes de son projet.
Robert Blaizeau ne découvre pas aujourd’hui la métropole rouennaise avec ses onze musées. Il a depuis plusieurs années repéré ce territoire pour le considérer comme « incontournable dans le paysage français. C’est un foisonnement. Rouen possède un réseau de musées avec une telle diversité d’objets dans les collections ». Ancien directeur des musées de Saint-Lô, il arrive à la tête de la RMM après avoir été entre janvier 2021 et août 2023 directeur général adjoint des services de la ville de Rouen.
Le conservateur du patrimoine succède ainsi à Sylvain Amic, parti lors de l’été 2022 au ministère de la Culture à Paris. À ce poste, il souhaite s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur. « Je veux rendre un hommage à Sylvain Amic parce qu’il a fait de la RMM un laboratoire de réflexions sur ce qu’est un musée ancré dans le territoire. Un musée doit être le plus ouvert possible, en phase avec la société. Il doit être aussi un lieu où on passe un bon moment. Moi qui suis conservateur de patrimoine de formation, je reviens dans mon cœur de métier : la conservation et la transmission ».
Robert Blaizeau rêve même d’un « musée sans porte. Il est important de rendre le patrimoine davantage accessible à chacun. Les collections appartiennent à chaque citoyen. Nous n’en sommes que les dépositaires ». Le directeur envisage notamment de déposer des œuvres des collections dans les communes rurales de la métropole.
Une urgence
Autre enjeu dans les musées : la transition écologique. « Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il y a une urgence à passer à l’action mais c’est un travail de longue haleine. Les musées se sont assez peu interrogés sur ce sujet. Rouen est néanmoins à la pointe de la réflexion. Aujourd’hui, il est nécessaire de concrétiser tout cela. Il faut bâtir un plan d’action pour faire entrer les musées dans la sobriété ».
Cela concerne autant la circulation des publics avec « des tarifications spécifiques dans les transports en commun » que celle des œuvres qui « voyagent aux quatre coins du monde. Il est possible d’instaurer des critères sur les prêts lointains. Il existe également plusieurs manières de montrer des œuvres ». Robert Blaizeau propose « une plus grande coopération territoriale. Nous ne sommes pas en concurrence avec Le Havre ou Saint-Lô. Chacun a ses atouts. Les expositions sur l’esclavage sont d’ailleurs un modèle du genre ».
L’égalité entre les hommes et les femmes est un des axes du projet de Robert Blaizeau. « Rouen a été pionnier au niveau national avec l’élaboration d’une charte. C’est un travail à poursuivre pour donner une meilleure place aux femmes, et pas seulement les artistes. À la Fabrique à Elbeuf et à la Corderie Vallois à Notre-Dame-de-Bondeville, il est important de faire redécouvrir le rôle des ouvrières dans ces anciennes usines ».
Un chantier
Robert Blaizeau arrive pour porter un projet majeur : l’installation du musée Beauvoisine. « Là encore, il n’y a pas d’équivalent en France. Nous partons de deux musées (celui des Antiquités et le muséum d’histoire naturelle, ndlr) qui a priori n’ont rien à voir ensemble pour raconter le territoire au reste du monde. Pour y parvenir, il y a un travail exhaustif des pièces. C’est le chantier des collections ».
Le futur musée Beauvoisine doit ouvrir ses portes au public en 2028. Une année durant laquelle Rouen sera peut-être capitale européenne de la culture — le jury rendra sa décision en décembre 2023. « Nous sommes pleinement mobilisés, assure le directeur de la RMM. Nous avons tous les atouts pour gagner. Nous nous inscrivons bien évidemment dans cette programmation culturelle, la transmission des savoir-faire. On vient au musée pour voir et appréhender les objets. Pour moi, il est important d’explorer les cinq sens et pas seulement la vue. Il faut donner à voir le processus de création des œuvres, leur matérialité ».
Cette saison qui s’ouvre à la RMM est ponctuée par le Temps des collections. Un événement que préserve Robert Blaizeau. « C’est la mise en valeur des collections permanentes. Et là, nous ne sommes pas dans la course des expositions temporaires. Il reste aussi encore beaucoup de sujets à explorer ». Autres moments forts : La Ronde et Normandie impressionniste avec une exposition sur Whistler au musée des Beaux-Arts.
