Antoine Chevrollier ne nous emmène pas dans La Pampa mais dans un petit village de province où deux ados, amis pour la vie, vont devenir adulte plus vite que prévu. Un film qui sort sur les écrans ce mercredi 5 février.
Réalisateur de plusieurs épisodes de deux excellentes séries françaises, Le Bureau des légendes et Baron noir, Antoine Chevrollier se lance pour la première fois dans l’aventure du long-métrage avec La Pampa. Le format à beau être plus grand, c’est une histoire plus intime, qu’il met en scène autour de deux thèmes majeurs, le passage à l’âge adulte et la masculinité toxique. Il nous emmène dans le village du Maine-et-Loire qui l’a vu grandir. Sa Pampa, c’est le terrain de motocross où les jeunes s’entraînent en semaine, et où se rassemblent les villageois le week-end, le temps d’une course.
Antoine Chevrollier imagine deux copains qui, comme beaucoup d’autres, passent le temps comme ils peuvent. Inséparables, Willy (Sayyid El Alami) et Jojo (Amaury Foucher) se sont promis de partir ensemble pour la ville, et le plus tôt possible. Sauf que Jojo a un secret dont il n’ose pas parler, même pas à son meilleur ami. Lorsque tout le village découvre qu’il est attiré par les garçons, les familles des deux ados vont se déchirer. Leur rêve a du plomb dans l’aile.
Un film sur l’amitié
« L’homophobie rurale est un vrai sujet mais ce n’est pas le point de départ du film, précise le réalisateur venu présenter La Pampa au festival de Sarlat. Ce qui m’intéressait, plus largement, c’était la violence du collectif face à l’individu et à sa singularité quelle qu’elle soit, son orientation sexuelle, sa tenue vestimentaire ou autres. J’ai constaté que dans ces territoirs-là, la singularité était violentée par le collectif et surtout par les hommes qui, ensemble, aiment jouer les codes de la virilité. »
Et le choix de la moto de cross ne tient pas du hasard : « Évidemment, il y a quelque chose de très viril chez les motards, à commencer par leur costume telle une carapace qu’ils portent dans l’arène », commente Antoine Chevrollier. Et comme pour mieux nous surprendre, il nous présente d’abord Jojo comme un casse-cou : dans la toute première scène du film, on le voit chevauchant son engin à vive allure et prendre le risque de traverser une route départementale sans aucune visibilité. « Au début, le film devait s’appeler Trompe-la-mort, » souligne le réalisateur. Mais les conséquences de ces jeux dangereux seront moins dramatiques que celles des jeux « Interdits » par la communauté, auxquels s’adonnent en cachette Jojo et Teddy (Artus, surprenant).
Antoine Chevrollier signe un beau film sur l’amitié en temps de crise, et ce moment délicat où l’on passe de l’adolescence à l’âge adulte. Coup de chapeau aux jeunes comédiens : Sayyid El Alami, déjà excellent dans Leurs enfants après eux des frères Boukherma, nous surprend encore, et le novice Amaury Foucher, nous épate par sa justesse dans la peau du sensible Willy, un tout premier rôle qui en appelle d’autres.
- La Pampa de Antoine Chevrollier (France, 1 h 43) avec Sayyid El Alami, Amaury Foucher, Damien Bonnard, Artus…
