L’éducation sentimentale de Nour

Nour (Ayoub Gretaa), exilé en France depuis dix ans, revient au pays plein d’espoirs  / Photo: Barney Production

Avec La Mer au loin, dans les cinémas à partir du mercredi 5 février, Saïd Hamich Benlarbi signe la chronique d’une vie sentimentale d’un jeune émigré marocain, à Marseille entre 1990 et 2000.

Saïd Hamich Benlarbi est arrivé en France en 1997 et son père étant ouvrier agricole dans le Sud-Est, c’est tout naturellement à Marseille qu’il pose ses caméras pour raconter sur dix années le parcours sentimental d’un jeune émigré marocain, entre 1990 et 2000. Dans La Mer au loin, on s’intéresse d’abord à tous les membres de la communauté maghrébine qui, faute de papiers, mènent un vie marginale entre galères, petits boulots et moments festifs. 

Très vite, l’un d’eux attire notre attention : Nour (Ayoub Gretaa), 27 ans, jovial, le sourire facile. « Je me suis inspiré du parcours et du vécu de certains immigrés qui m’ont marqué. raconte le réalisateur en présentant son film au festival de Sarlat. La vie sentimentale des exilés est souvent liée à la question des papiers »

Sans cliché

Ce sera le cas de Nour et sa vie sentimentale prendra quelques détours inattendus. D’ailleurs, elle prendra sa source dans un commissariat, après une descente de police brutale. C’est là qu’il rencontre Serge (Grégoire Colin), un flic qui le menace aussitôt d’expulsion. « Hitchcock disait qu’il valait mieux commencé par un cliché plutôt que finir par un cliché…. »,  rappelle le réalisateur. De fait, ce Serge qui joue les méchants, peut d’abord passer pour un cliché mais la complexité du personnage ne tarde pas à sauter aux yeux lorsqu’on découvre son parcours : Serge est issu d’une famille d’émigrés italiens, et eux aussi ont dû se battre pour se faire une place. « Plus on rencontre les gens, plus on se rend compte de leur complexit et leurs blessures apparaissent, rappelle Saïd Hamich Benlarbi. Derrière la dureté de Serge, il y a quelqu’un qui a lui-même des difficultés à exprimer ce qu’il est vraiment.» 

Pour nous faire ressentir l’insondable douleur de l’exil, la caméra suit Nour, balloté par la vie, mais toujours positif, tolérant. Elle filme ses amitiés, ses amours, ses doutes, ses croyances. Serge qui se prend d’affection pour Nour, l’accueille chez lui. Sa femme  Noémie (Anna Mouglalis) le reçoit à bras ouverts. « Pour avoir fait l’expérience de l’exil, je me suis rendu compte que les terres d’accueil ne sont pas les villes ni les pays mais les gens,» insiste Saïd Hamich Benlarbi.

La Mer au loin donne des émotions fortes au spectateur jusqu’à son dernier chapitre intitulé Le Retour. « Quand Nour retourne au Maroc, il réalise que le fantasme du retour n’est plus possible. Quand vous quittez un endroit, dix ans après, vous n’y êtes plus à votre place. » Le regard dur de la mère de Nour qui voit en lui, non pas un héros, mais un traitre, le poursuivra longtemps. Et nous aussi. 

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