Fillette en contact

L’été de Fuki (Yui Suzuki) va être long et compliqué / Photo : Loaded Films

Après avoir remporté la mention spéciale Caméra d’Or pour Plan 75 en 2022, la réalisatrice japonaise Chie Hayakawa présentait cette année son délicat Renoir, dans les salles de cinémas mercredi 10 septembre, dans la sélection officielle du Festival de Cannes.

Après avoir évoqué le vieillissement de la population japonaise dans un film d’anticipation, Plan 75, Chie Hayakawa nous ramène à Tokyo à la fin des années 1980. L’héroïne de Renoir quitte le CM2 pour vivre ses vacances d’été entre un père hospitalisé, en phase terminale, et une mère forcément débordée et donc souvent absente. En filmant l’été suspendu de Fuki, entre solitude, rituels étranges et jeux d’enfant, la réalisatrice dresse le délicat portrait d’une fillette, à la sensibilité hors du commun, qui cherche par tous les moyens — visite, téléphone, hypnose — à entrer en contact avec les vivants, avec les morts et sans doute aussi avec elle-même.

Pour son second long-métrage, Chie Hayakawa replonge dans ses propres souvenirs, elle qui, enfant, a vu son père souffrir et mourir d’un cancer. Quelque part, elle est cette petite Fuki, formidablement interprétée par la jeune Yui Sizuki qui transmet au spectateur toutes les émotions qui traversent son personnage pourtant réservé : la peur de la mort, la peine contenue, la culpabilité enfouie mais aussi la curiosité envers les autres, l’imaginaire débordant, l’émerveillement naïf devant la beauté. 

On s’attache facilement à cette fillette intelligente et douce. On a envie de lui donner l’affection qui semble lui manquer, de la protéger des dangers qu’elle encourt, de la consoler d’un chagrin qui viendra forcément. Rappelant dès le début du film que lorsqu’on pleure, on pleure souvent sur soi-même, Chie Hayakawa parvient à nous mettre au bord des larmes pour la petite et courageuse Fuki qu’il est si facile d’aimer. 

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