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Karima El Kharraze se souvient de La Madeleine à Évreux

Photo : Karima El Kharraze

Karima El Kharraze est restée en résidence à Évreux en 2024 pour écrire À Droite le couteau qui réunit deux sœurs évoluant chacune aux côtés d’une figure artistique. Avec l’autrice, le réel et la fiction se mêlent dans cette nouvelle pièce de théâtre lue vendredi 19 septembre au théâtre Legendre avec Le Tangram lors des Journées du matrimoine.

Revenir sur les lieux de son enfance et de son adolescence fait inévitablement surgir les souvenirs. Karima El Kharraze est née à Évreux et a grandi à La Madeleine. L’autrice y a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans, en 1998. Ses parents y sont restés jusqu’en janvier 2025. Début 2024, elle a passé plusieurs mois dans ce quartier lors d’une résidence pour écrire À Droite le couteau, une pièce de théâtre lue vendredi 19 septembre au théâtre Legendre. 

« Revenir, c’est compliqué. On a envie de rester sur les souvenirs. D’autant qu’ils sont très présents. Je me souvenais d’événements, de noms de famille… » L’autrice et metteuse en scène a aussi parcouru les archives municipales et départementales des années 1990, rencontré des habitants et mené des ateliers d’écriture avec des agents d’entretiens du collège et du lycée.

Karima El Kharraze n’a pas oublié non plus la mort de David Nilo, un habitant de 23 ans de La Madeleine très violemment battu par un vigile de supermarché. Une mort qui a entrainé une émeute en mai 1994. « C’était des gestes de désespoir. La famille de David a fui la dictature chilienne pour trouver une confiance dans la France et son système judiciaire. Mais ce fut un échec pour elle, le vigile a été relaxé ». Dans ce récit est présente la sœur de Karima El Kharraze. « Convoquer une figure familiale donne une responsabilité et demande une loyauté à l’égard du reste de la famille ».

Une dimension onirique

Dans À Droite le couteau, il y a deux sœurs, femmes de ménage. Majda vit toujours dans le même quartier. Rim est partie. La plus jeune n’est plus là. Alors la première rencontre son fantôme qui vient lui expliquer des moments de sa vie auxquels elle n’a pas assisté. Retour dans le contexte politique et social des années 1990 avec un monde qui a pris un virage très libéral, qui a vu le mur de Berlin s’écrouler, avec des grandes structures qui préfèrent externaliser des services… « Cette évolution a des répercussions dans les quartiers populaires qui sont des caisses de résonance », souligne l’autrice.

Dans l’ombre de Majda et Rim se trouvent deux artistes, Rabia Al Adawiya, poétesse irakienne soufi du VIIIe siècle, et Etel Adnan, peintre et poétesse libanaise, qui viennent les soutenir. D’autres personnages sont là aussi à travers des marionnettes. À Droite le couteau pose la question du travail, la dureté de la société et évoque le deuil. Aux faits réels, Karima El Kharraze apporte une dimension onirique à son récit.

Infos pratiques

  • Vendredi 19 septembre à 20 heures au théâtre Legendre à Évreux
  • Durée : 1 heure
  • Entrée libre
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
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