Médecins et survivantes

Denis Mukwege (Isaach de Bankolé) est celui qui soigne… / Photo : Petites Poupées Production

Avec Muganga – Celui qui soigne, à voir à partir du mercredi 24 septembre, Marie-Hélène Roux met la lumière sur Denis Mukwege, médecin congolais qui a consacré sa vie à réparer le corps des femmes violées en République démocratique du Congo. Un combat qui lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 2018. 

Alois que Donald Trump court après un prix Nobel de la Paix, il est temps de découvrir Denis Mukwege, gynécologue congolais qui l’a obtenu en 2018 et dont l’histoire mérite d’être connue.  « Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme. Chaque fille violée, je l’identifie à ma fille. Chaque mère violée, je l’identifie à ma mère… » Pas besoin de longs discours pour appréhender la personnalité altruiste de Denis Mukwege. Dans Muganga – Celui qui soigne, le comédien Isaach de Bankolé donne toute sa noblesse à ce fils de pasteur qui a réparé — et répare encore au péril de sa vie —  le corps de milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo.

Marie-Hélène Roux s’intéresse à lui à travers sa rencontre avec Guy Cadière (Vincent Macaigne), chirurgien belge avec lequel il a opéré les survivantes de viols, mutilées par des bâtons, des couteaux, parfois même des machettes. La réalisatrice n’épargne rien au spectateur qui sort secoué par le destin effroyable de ces femmes abimées que la réalisatrice filme avec autant d’attention que ses deux héros en blouse blanche : la réticence de l’une face à un médecin blanc, la rage d’une autre qui ne veut pas garder le fruit de son viol, le désespoir d’une troisième qui a tout perdu – « Ma famille, mes études et ma virginité » -, l’errance d’une récente victime qui doit parcourir des kilomètres pour trouver de l’aide, le désarroi de toutes celles qui sont rejetées par les leurs, les encouragements d’une autre enfin rétablie. 

Il est forcément question de responsabilités, à commencer par la colonisation du Congo entre 1885 à 1996, puis les deux guerres qui ont divisé le pays de 1996 à 2003, l’instabilité politique qui perdure jusqu’à ce jour, sans négliger la culture qui veut que l’on rejette les femmes impures, et surtout la pauvreté du pays provoquant les violences de ceux que les ressources naturelles (80% du cobalt mondial) attirent… Aujourd’hui encore, on continue à détruire des vies humaines pour faire peur et faire fuir tout témoin.   

À la fois charismatique et vulnérable, le duo Isaach de Bankolé et Vincent Macaigne fonctionne idéalement. On aime la noblesse un peu rigide de l’un et la fantaisie grave de l’autre. On croit en leur force tranquille, on comprend les débats qui les animent — autour de l’avortement notamment —, on ressent surtout leur empathie pour toutes ces femmes blessées. Un film utile, à voir.

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