Elsa Zylberstein : « C’est magique de voir en accéléré l’évolution de la femme »

Elsa Zylberstein : « En débarquant en 2025, Hélène est toujours sur le fil, fébrile, complètement perdue, parfois au bord des larmes » et de toute évidence, ne sait pas taper à la machine / Photo : Les Films du 24 

Remarquée dans le rôle sérieux de Simone Weil dans Simone, le voyage du siècle d’Olivier Dahan, Elsa Zylberstein revient à la comédie dans C’était mieux demain de Vinciane Millereau où elle pétille avec bonheur. Rencontre.

Qu’avez-vous aimé dans le scénario de C’était mieux demain ?

J’ai aimé le côté comédie drôle et émouvante qui raconte l’histoire incroyable d’un couple des années 1950 qui se retrouve en 2025. C’était magique de voir en accéléré l’évolution de la femme pendant ces soixante-dix dernières années. Mon personnage est d’abord effrayé par toutes les nouveautés et finalement elle épouse son époque et s’épanouit, devient elle-même avec bonheur, force et folie.

Comment-vous êtes vous préparée ?

J’ai regardé beaucoup d’images de femmes. Dans les années 1950, elles ne s’exprimaient pas comme aujourd’hui, j’ai observé combien on les sent toutes en retenue, comme empêchées, comme enfermées dans des tenues qui les serrent. Elles ont cette manière d’être un peu soumises, heureuses mais rêvant d’un ailleurs possible. Elles n’avaient aucun droit, elles devaient demander l’autorisation à leur mari. Elle semblaient ne pas être des êtres humains à part entière.

Imagineriez-vous pouvoir vivre à cette époque ?

Je pense qu’il y avait des choses bien dans les années 1950. D’ailleurs le film n’est pas manichéen et montre ce qui était bien dans les deux époques. Il n’y avait pas d’écrans dans les années 1950, c’était plus paisible, on ne parlait pas de pollution. Mais clairement, pour la femme, c’est quand même mieux de vivre en 2025. On ne va pas se mentir.

Hélène semble être une épouse et une mère épanouie…

Oui, enfin, c’est ce qu’elle donne à voir. Moi je me suis racontée autre chose. De toute façon quand tu n’as pas de point de comparaison, tu ne peux pas souffrir du manque de ce qui n’existe pas encore. Alors tu fais ta vie et tu essaies d’être heureuse avec ce que tu as. D’autant qu’Hélène et Michel s’aiment. Après je me suis quand même raconté qu’avec son Bonux, elle rêvait de gagner une machine à laver depuis des mois. Elle voudrait avoir du temps pour elle.

Avez-vous éprouvé du plaisir à jouer Hélène?

Oui, c’était génial. Les situations étaient tellement bien écrites que c’était agréable de se glisser dans ce personnage. C’est royal à jouer. J’ai pensé à Margot Robbie en Barbie quand elle est catapultée dans le monde moderne. Il y a un peu de ça dans ce film. Mais ce n’était pas si simple à jouer parce qu’il fallait jouer un personnage sur le fil, fébrile, complètement perdu, parfois au bord des larmes. Quand j’étais petite, j’ai vu La Planète des singes, et j’ai tellement eu peur. Je n’aimais pas que la vie sur terre ait changé. Pour eux qui débarquent en 2025, c’est un peu ça. Ils ont envie de retrouver leur monde, leurs codes. Le risque était de tomber dans la caricature.

Aux États-Unis, le masculinisme revient en force. Cela vous fait peur?

Non seulement le masculinisme mais aussi le tradwife (mouvement prônant le retour d’un rôle de la femme mariée comme femme au foyer, NDLR). Cela voudrait dire qu’il y a un atavisme féminin. La femme voudrait redevenir l’obligée de l’homme, son esclave, son objet… Dans César et Rosalie, on voit César claquer des doigts et demander un Perrier à Rosalie. Moi je n’ai pas de problème à apporter un Perrier à l’homme que j’aime, c’est génial. Le problème c’est quand tu y es obligée. Sinon, ce serait un retour en arrière très dangereux.

Hommage comique à nos mères et grands-mères

Pour évoquer avec humour l’évolution de la condition féminine, Vinciane Millereau imagine un couple des années 1950 transporté en 2025. Elsa Zylberstein et Didier Bourdon s’en donnent à cœur joie dans C’était mieux demain, dans les salles de cinéma dès mercredi 8 octobre.

Hélène (Elsa Zylberstein) au petit soin pour son mari Michel (Didier Bourdon)
Photo : Les Films du 24

« Ce film est une sorte d’hommage à ma grand-mère maternelle, commente la réalisatrice de C’était mieux demain, Vinciane Millereau. Lorsque je lui avais demandé ce qui avait changé sa vie, elle m’a dit sans hésiter la machine à laver. » Cette comédie débute dans les années 1950 : Hélène (Elsa Zylberstein), Michel (Didier Bourdon) et leurs deux enfants coulent des jours heureux et insouciants dans une petite ville française. Une machine à laver récemment gagnée par Hélène va propulser le couple en 2025. Pour Hélène, qui a toujours vécu dans l’ombre de son mari, c’est une révolution d’abord effrayante puis rapidement jubilatoire. Mais, pour Michel, c’est un cataclysme, ses privilèges d’homme explosent. 

« Cet hommage à nos grands-mères, c’est aussi une façon de montrer qu’en soixante-dix ans il s’est passé beaucoup de choses pour la condition féminine, la place de l’homme, l’évolution des mœurs, sans oublier toute la technologie » souligne Vinciane Millereau. De quoi amener le public à s’amuser lorsqu’Hélène et Michel s’étonnent de ce qui fait notre quotidien au XXIe siècle : de la ceinture de sécurité dans la voiture aux robots ménagers dans la cuisine en passant par l’incontournable ordinateur et l’indispensable téléphone portable. Si Hélène, devenue chef de service dans la banque de son mari, s’éclate, Michel, au chômage, rumine en accomplissant tant bien que mal les taches ménagères. « Pire pour lui, insiste la réalisatrice, en s’émancipant, sa femme semble lui échapper, et c’est la première fois. » On comprend que Michel, lui, ne rêve que d’une chose : retourner en 1950. Mais Hélène va-t-elle avoir envie de le suivre ?  

Un voyage dans le temps qui en dit long sur l’évolution de la société.

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