Une rencontre déterminante

Sorti du bagne, Jean Valjean (Grégory Gadebois) a beaucoup de chemin à parcourir avant de retrouver une part d’humanité / Photo: Radar Films Mediawan

Passionné de Victor Hugo, Eric Besnard opte pour un parti-pris strict : mettre de côté la fresque des Misérables pour se consacrer uniquement à Jean Valjean. Le Normand Grégory Gadebois incarne ce bagnard qui n’a pas encore retrouvé son humanité.  

Si vous avez aimé Les Misérables de Victor Hugo, le roman ou l’une de ses nombreuses adaptations cinématographiques, sachez que ce n’est pas du tout ce que vous propose Eric Besnard avec son sobre Jean Valjean. « On m’a proposé à deux reprises d’adapter Les Misérables, confie le réalisateur de passage à Rouen, mais pour des raisons personnelles, ça ne m’intéressait pas. Moi, ce qui m’intéresse c’est la pensée de Victor Hugo, son humanisme, ses combats. En y réfléchissant, je me suis dit qu’à plein d’égards, le personnage de Jean Valjean était l’incarnation de beaucoup de ces combats et en particulier l’enfermement dans le regard des autres qui amène la question : comment sort-on de cette prison que l’on se crée soi-même. »

Ce sont donc les combats de Victor Hugo que nous raconte ce Jean Valjean en suivant cet homme brisé, tout juste libéré après dix-neuf ans de bagne, errant à travers les collines du sud de la France pour retrouver les siens. Rejeté de tous parce qu’ancien bagnard, il dort dehors, à même le sol, dans le froid. Affamé, le voilà prêt à commettre à nouveau le crime qui l’a condamné : voler de quoi se nourrir. Heureusement, une passante bienveillante lui recommande d’aller frapper à une porte, celle de Bienvenu (Bernard Campan), un curé qui accueille le forçat à bras ouverts malgré la réticence de sa sœur, Baptistine (Isabelle Carré) et la méfiance de Magloire, sa bonne (Alexandra Lamy).  

Un hommage à l’œuvre de Victor Hugo

« Ce n’est pas la grande fresque que l’on connaît, admet Eric Besnard, c’est un film très raisonnable qui permet de s’attacher plus aux personnages et d’aller plus au fond des choses. »  Le film aurait pu s’intituler Bienvenu tant le réalisateur donne de l’importance à l’homme d’église. « J’ai voulu appeler le film Un homme honnête, ce qui pouvait très bien aller aux deux personnages, mais en terme de marketing, il faut bien reconnaître que Jean Valjean était plus porteur, » indique Eric Besnard qui voulait montrer comment le bagne a transformé Jean Valjean en bête primitive.

Et le Normand Grégory Gadebois qui n’a aucun mal à jouer les taiseux, pousse le curseur jusqu’à paraître rustre, dur, sans cœur, parfois inquiétant. Il avance de son pas lent et lourd sans savoir ce qu’il va devenir ni qui il va devenir. Sa rencontre avec Bienvenu, bon, généreux, à l’écoute, sera cruciale. Pour ce rôle intense, Bernard Campan respire l’humanité, alors que Isabelle Carré joue la fragilité bienveillante face à une Alexandra Lamy — loin des rôles lumineux qu’elle joue habituellement —- se montre sévère, fermée, complètement hostile au bagnard, à l’image des ignorants qui se méfient toujours de l’autre.. 

Même s’il prend quelques distances avec l’œuvre, Eric Besnard rend hommage au texte de Victor Hugo dans les quelques dialogues et les textes dits par différentes voix off. Il n’en néglige néanmoins pas l’image et signe une sorte de western où les visages filmés en gros plan alternent avec les paysages grandioses, sauvages et secs. C’est là que se jouent les rencontres essentielles. « Tout naît de là, de ces rencontres qui font des étincelles. On peut devenir soi-même, non pas en restant enfermé en soi, mais en acceptant la rencontre avec l’autre. L’autre est toujours une solution. C’est parce que quelqu’un lui tend la main que Jean Valjean va devenir le Monsieur Madeleine de la deuxième partie du livre », rappelle Eric Besnard, nous donnant ainsi envie de replonger dans Les Misérables de Victor Hugo. 

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