Fatih Akin, réalisateur allemand d’origine turque, signe Une enfance allemande – Île d’Amrum 1945, un film qui sort au cinéma mercredi 24 décembre. Sans la montrer — nous sommes au printemps 1945 —, il filme la guerre à hauteur d’enfant et ses conséquences sur les plus innocents.
Fatih Akin s’est fait un nom dans le monde du cinéma international avec, entre autres, Head on, Ours d’or à Berlin en 2004, De L’Autre Côté, prix du Scénario à Cannes en 2007 et Soul Kitche, grand Prix à la Mostra de Venise en 2009. Après In The Fade qui a permis à son actrice Diane Kruger de remporter le Prix d’interprétation féminine au festival de Cannes de 2017, le réalisateur allemand d’origine turque, revient avec Une enfance allemande – Île d’Amrum 1945. Et si le film, tourné à hauteur d’enfant, se déroule en mai 1945, il n’est pas sans faire écho au présent en évoquant la fragilité des démocraties et la montée du totalitarisme.
Nous voilà donc transportés au printemps 1945, sur l’île d’Amrum, dont les habitants voient d’un mauvais œil débarquer des Allemands fuyant les bombardements alliés tout comme l’avancée des Russes. Nous sommes dans les derniers jours de la guerre, et le héros de cette Enfance allemande, a 12 ans. Jusque-là, pour le doux et docile Hanning (formidable Jasper Billerbeck), fils aîné d’une famille bourgeoise, endoctriné par les idéaux nazis de ses parents, formaté au sein des Jeunesses hitlériennes, Amrum était un petit paradis. C’est là qu’il passait des vacances douces et joyeuses.
Un sentiment de survie
Aujourd’hui, la guerre a conduit mère et enfants à s’y mettre à l’abri. Leurs conditions de vie s’étant dégradées, Nanning a dû s’adapter : après l’école, comme beaucoup d’autres enfants, il fait tout pour aider à subvenir aux besoins de la famille. Courageux, endurant, il pêche la nuit, travaille à la ferme le jour, et va même jusqu’à chasser le phoque sur une mer mouvementée… Il n’en reste pas moins que Nanning est un enfant, très attaché à sa mère, complètement dépassée, et à son ami, le rebelle Hermann (Kian Köppke) dont la famille a rejeté le nazisme. Et à 12 ans, ce n’est pas facile de trouver sa voie, surtout dans un monde chaotique.
Au cinéma, la guerre est souvent montrée à travers des images de batailles ou de bombardements. Fatih Aktin préfère s’intéresser aux séquelles laissées sur les civils allemands, et plus particulièrement les enfants. Dans un décor sauvage et poétique, le réalisateur nous fait partager le sentiment de survie et de méfiance qui étreint le jeune Nanning. Sur l’île, on retrouve aussi bien des anciens nazis que des opposants au régime ou des réfugiés. L’idéologique nazie apparaît alors dans les divisions, la haine des autres et de celui qu’on voit comme l’ennemi intérieur.
Le cinéaste a su sublimer la lumière de l’île, se mettre au diapason des marées, s’adapter au travail avec des enfants… Il signe un petit chef-d’œuvre bouleversant à partir d’un scénario écrit par l’acteur et réalisateur Hark Bohm, décédé avant de pouvoir en réaliser l’adaptation. Celui-ci ayant raconté son enfance à Amrum à Fatih Akin, on peut voir cette Enfance allemande comme un hommage magnifique à un mentor et ami.
- Une enfance allemande – l’Île d’Amrum 1945 de Fatih Akın (Allemagne, 1h33) avec Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Diane Kruger…
