Pour Pierre Mazingarbe, Muriel Robin devient La Pire Mère au monde, et Louise Bourgoin n’est pas loin d’être la pire fille du monde. Les deux comédiennes s’en donnent à cœur joie dans une comédie de genre très mordant à voir dans les salles de cinéma mercredi 24 décembre.
Après un court-métrage, Boustifaille, l’histoire d’une jeune fille livrant son petit ami à ses parents anthropophages, Pierre Mazingarbe se lance dans un premier long et réaffirme son goût pour la comédie de genre. Ici pas de vampires, ni d’ogres mais le fantôme d’un père décédé dans l’incendie de la maison familiale après avoir brillé dans la magistrature. « C’est facile de faire confiance à un réalisateur qui fait son premier film quand on comprend vite qu’il fait partie des surdoués, nous confie Muriel Robin de passage au Pathé de Rouen. Il y a pas mal de bazar dans une tête quand un cerveau ne tourne pas tout à fait comme les autres. Le scénario était très bien écrit. Il n’y avait rien à retoucher.»
Dans le scénario de La Pire Mère au monde, comédie de genre assumée, Louise de Pileggi (Louise Bourgoin) est une brillante substitut du procureur à Lyon. Son problème, c’est qu’elle a toujours eu des relations compliquées avec sa mère Judith (Muriel Robin). D’ailleurs, elle ne l’a pas vue depuis quinze ans. Autre problème, qui en découle peut-être, la psychorigide Louise a également des relations compliquées avec ses collègues et ses supérieurs. Résultat, alors qu’elle rêvait de devenir calife à la place du calife qui part à la retraite, on lui demande de faire la preuve de ses capacités relationnelles. La voilà mutée au tribunal d’une petite ville où Judith est greffière. Louise devient la cheffe de sa mère. Et pour corser le tout, elles vont devoir collaborer dans une banale affaire de chien tué par son propriétaire. Et ça va mettre leurs nerfs à vif.
« Les gens durs m’intéresseront toujours »
« Je m’attendais à un film de genre, mais pas à ce point, révèle Muriel Robin. En tournant, j’ai compris déjà que ça allait plus loin que ce que j’avais imaginé en lisant le scénario. Et quand j’ai vu le film, c’était encore plus étonnant. Pierre a eu raison d’avoir de l’audace, parce que c’est très réussi. »
Pierre Mazingarbe vient de la bande dessinée et cela se voit dans sa mise en scène. Au scénario riche en surprises, il ajoute un côté cartoon, avec des métaphores gonflées sur la relation entre la mère et la fille. Ici, les deux femmes sont, envers elle et envers les autres, d’une dureté excessive. « La dureté des femmes, souvent abimées par la vie est un sujet qui m’intéresse, confirme Muriel Robin. C’est un sujet qui me touche parce ma maman est dure mais j’ai fini par comprendre pourquoi, ce qui permet de pardonner. Les gens durs m’intéresseront toujours. Ça peut cacher tellement de choses. »
Il faudra beaucoup de péripéties — des interrogatoires multiples, des enquêtes minutieuses, des fouilles légales et même illégales — avant que cette mère et cette fille découvrent les raisons de cette dureté réciproque qui leur sert de point commun. En attendant, le spectateur aura parfois frissonné mais il aura surtout ri avec Muriel Robin et Louise Bourgoin qui s’accommodent brillamment de leur contrastes, avec, entre autres, Florence Loiret Caille, en gendarme naïve, Sébastien Chassagne en médecin légiste amoureux, Gustave Kervern en éleveur de chiens plus inquiétant qu’à son habitude. C’est parfois absurde mais chacun s’amuse à tromper leur monde, pour notre plus grand plaisir.
- La Pire Mère au monde de Pierre Mazingarbe (France, 1h30) avec Louise Bourgoin, Muriel Robin, Florence Loiret Caille, Gustave Kervern…
