Une institutrice dans la tempête

Dans ce territoire grandiose, la jeune Aimée (Galatea Bellugi) va perdre de ses certitudes / Photo : Take Shelter

Entre fiction et réalité, le premier long-métrage de Louise Hémon, L’Engloutie, dans les cinémas mercredi 24 décembre, nous ramène en 1899, quand une jeune institutrice est envoyée enseigner aux enfants d’un hameau, aux confins des Hautes-Alpes.

Issue d’une lignée d’institutrices, du côté de sa mère, Louise Hémon a choisi d’en faire des héroïnes à travers le portrait d’une jeune femme nommée dans un petit village des Hautes-Alpes, en 1899. Un personnage directement inspiré de son arrière-grande-tante, Aimée. Dès les premières scènes, on voit Aimée (merveilleuse Galatea Bellugi, révélée en 2018 dans Une apparition de Xavier Giannoli), évoluer dans la neige par une nuit de tempête. C’est son tout premier poste, et on sait d’emblée que ses conditions de vie seront rudes. Qu’à cela ne tienne : Aimée a foi en sa mission. Animée par un idéal laïc et républicain, elle compte bien apporter la connaissance à ses jeunes élèves — lire et écrire dans un premier temps — et peut-être faire reculer les croyances obscures des anciens.

Dans une sorte de huis clos en altitude, Louise Hémon filme avec un certain naturalisme les habitudes de vie des montagnards confinés dans leur territoire grandiose. Comme Aimée, le spectateur observe la sobriété de leurs habitats où chacun — même les animaux — et chaque chose trouvent sa place. Il découvre le pragmatisme de certaines traditions, comme un cercueil fixé sur le toit d’une maison, le gel ne permettant pas de creuser une tombe. Il constate la sérénité ambiante mais aussi les effets désastreux d’une avalanche. 

Documentaliste, Louise Hémon ne se contente pas de témoigner d’une époque. En parallèle au naturalisme, elle ose basculer vers le conte, le mystère. Observée par les hommes du village, Daniel, Jupiter, Enoch, Pépin et les autres, son Aimée va ressentir des émotions qui lui donnent le tournis. Frémissante, sensuelle, à l’écoute de son désir, la jeune institutrice, intelligente, clairvoyante, perd de ses certitudes en affrontant l’irrationnel.

Quant au spectateur, emporté par les images lumineuses et mystérieuses, il s’interroge. Et ce n’est pas la fin du film qui lui apportera la moindre réponse. À vous de voir ! Sachez tout de même que L’Engloutie a remporté le Prix André Bazin 2025 des Cahiers du cinéma.

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