Dans le dédale de Chinatown

Épuisé mais heureux d’être auprès de sa fille, Lu (Chan Cheng) va tout faire pour la rendre heureuse / Photo : Lucky Lu Films

Pour son premier long-métrage, dans les salles de cinéma mercredi 7 janvier, Lloyd Lee Choi filme les déboires d’un immigré chinois surendetté qui, à l’arrivée de sa fille, va chercher à faire briller dans ses yeux Les Lumières de New York.

Les déboires de Lu, qui court dans les rues de New York pour trouver de quoi payer le loyer d’un appartement qu’il vient d’obtenir, pourraient bien vous faire penser au puissant film de Boris Lojkine, L’Histoire de Souleymane qui nous faisait vivre 48 heures de la vie d’un jeune Guinéen livreur à vélo, sous-louant le compte d’un vrai livreur. Dans Les Lumières de New York en compétition à la Quinzaine des cinéastes de Cannes puis au festival du Cinéma américain de Deauville, le réalisateur canado-coréen, Lloyd Lee Choi met en scène un Chinois (Chang Chen), lui aussi livreur sous le compte d’un autre, non pas à Paris, mais à New York. Il s’y est installé cinq ans plus tôt dans l’espoir d’ouvrir un restaurant mais ses rêves n’ont pas été exaucés. Alors que sa femme et sa fille sont dans l’avion pour le rejoindre, Lu n’a plus que 24 heures pour tenter de régler ses problèmes d’argent et de logement.    

À New York comme à Paris, ces livreurs sont pour la plupart des étrangers. Et en Amérique comme en France, en période de Covid, ces livreurs étaient considérés comme des travailleurs essentiels. C’est ce qui a donné à Lloyd Lee Choi, l’idée d’en faire le personnage principal d’une histoire intime et sans doute universelle autour de l’amour d’un homme pour les siens : autant de temps qu’il le pourra, Lu fera tout pour illuminer la vie de sa fille. Il acceptera tous les petits boulots, sautera des repas, revendra à perte les seuls biens qu’il possède, étouffera son orgueil et demandera de l’aide financière auprès de ceux qui s’en sont mieux sortis.     

Un optimisme

La première partie du film décrit un Lu aux abois qui court après l’argent, court après celui qui lui a loué un appartement qui n’est pas libre, court après le vélo qu’on vient de lui voler. Dans l’univers sombre et bruyant de New York, tous les malheurs du monde s’abattent sur cet homme frénétique au moment même où sa vie doit changer ; sa femme et sa fille venant le rejoindre pour construire leur vie ensemble.

Après la rigueur et la sobriété de L’Histoire de Souleymane, on a du mal à croire à tous les déboires de ce Chinois qui semble avoir le chic pour faire les mauvais choix…  Et puis Lu devient père sous nos yeux, et la seconde partie du film retient notre attention. On s’émeut de le voir s’acharner à positiver, à cacher ses propres angoisses, à réfréner ses colères. On est touché aussi par cette petite fille de 7 ou 8 ans, Queenie (Carabelle Manna Wei), qui ne tarde pas à comprendre que son père a des problèmes à résoudre, et qui, à sa manière, va vouloir l’aider. 

La force de Lu, c’est de croire que le meilleur est à venir : un rayon de soleil se reflétant sur les vitres d’un building voisin suffit à illuminer son visage, faute de faire briller Les Lumières de New York dans les yeux de sa fille.     

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