Le réalisateur américain Jim Jarmusch évoque la relation entre parents et enfants devenus adultes dans son nouveau film, Father Mother Sister Brother, Lion d’or au dernier festival de Venise, qui sort dans les salles de cinéma mercredi 7 janvier.
Caméra d’or à Cannes en 1984 pour Stranger Than Paradise, confirmé par un Grand Prix en 2005 pour Broken Flowers, Jim Jarmusch a tourné un des volets de son nouveau film en France. Et ce n’est pas un hasard puisque le réalisateur américain a fait une demande officielle afin d’obtenir la nationalité française. En attendant de rejoindre George Clooney et sa famille au sein de l’Hexagone, il s’est amusé à observer les relations entre des enfants devenus adultes et leurs parents vieillissants et souvent distants — quand il ne sont pas décédés — dans Father Mother Sister Brother. Ce triptyque réunit trois histoires distinctes qui se passent dans des pays différents et, pour attirer l’attention du spectateur, des détails les relient entre elles, comme ces jeunes en skate ou en trottinette traversant l’écran dans chaque chapitre.
Avec Father, tourné aux États-Unis, Jim Jarmusch ouvre sur un père (Tom Waits) qui se prépare à accueillir ses deux enfants, Jeff et Emily (Adam Driver et Mayim Bialik). Un accueil sans grand enthousiasme : tenue délabrée, rangement précipité, de l’eau et des glaçons pour toute boisson… On comprend que l’après-midi va être longue dans cette maison de campagne isolée de tout. Les enfants ne savent plus trop quoi dire et le père se montre particulièrement soulagé en les voyant partir…
Une comédie mélancolique
Ambiance semblable mais décor complètement différent avec Mother. À Dublin, une mère (Charlotte Rampling) a préparé la table avec raffinement pour prendre le thé annuel avec ses deux filles, Timothea, l’aînée (Cate Blanchett) très sérieuse, et Lilith (Vicky Krieps), la plus jeune, beaucoup plus décontractée. Trois femmes et trois personnalités qui n’ont en commun que le rouge de leurs tenues. La mère, écrivaine, a sans doute négligé ses deux filles. L’aînée, plus docile, cherche toujours à lui plaire et la plus jeune, plus rebelle, n’hésite pas à la taquiner : « J’ai l’impression de jouer à la maman », ironise la mère en servant le thé. « Faut bien commencer un jour », rétorque Lilith, imperturbable. Et de vivre le même soulagement au moment de la séparation.
Pour le spectateur, le soulagement vient avec le chapitre Brother et Sister quand Jeannette (Indya Moore) rejoint son frère Skye (Luka Sabbat) à Paris après la mort accidentelle de leurs parents américains. Ils se retrouvent dans l’appartement vide dans lequel ils ont vécu, et aspirent à tourner la page d’une vie de bohème avec un père et une mère peace and love. En terminant sur ces jumeaux dont on apprécie la complicité et leur regard tendre sur des photos de leur enfance, Jim Jarmusch nous redonne le sourire et l’espoir d’un lien possible et sincère entre les générations. Mais faut-il attendre la mort de ses parents pour s’en rendre compte ?
En tout cas, pendant que la plupart des personnages semblent s’ennuyer ensemble, le spectateur s’amuse avec cette comédie mélancolique à l’humour pince-sans-rire et la mise en scène délicate et subtile sur le désenchantement, les non-dits, les blessures de l’enfance.
- Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch (États-Unis, 1h51) avec Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Vicky Krieps, Cate Blanchett, Charlotte Rampling…
