Avec Ma Frère, un film au cinéma mercredi 7 janvier, Prix du Jury Jeunes et Prix des Lycéens au festival de Sarlat, Lise Akoka et Romane Gueret nous emmènent en colonie de vacances, vingt ans après Olivier Nakache et Éric Tolédano dans Nos Jours heureux.
Pour leur deuxième long-métrage, Lise Akoka et Romane Gueret retrouvent la jeunesse qu’elles avaient filmée dans Les Pires. Elles ont juste quitté Boulogne-sur-Mer pour poser leurs caméras entre les quatre tours de la place des Fêtes, quartier populaire à Paris. Là, elles mettent en scène les deux comédiennes, Fanta Kebe et Shirel Nataf, qu’elles connaissent depuis leurs 11 ans et qui sont déjà les héroïnes de leur série Tu préfères ? dont le but était de proposer deux alternatives imposant un choix cornélien, voire absurde.
Avec Ma Frère, les deux réalisatrices reviennent à quelque chose de plus concret et de plus romanesque à la fois : le quotidien, le temps d’un été, de Djeneba (Fanta Kebe), presque mère de substitution de son petit frère, et Shaï (Shirel Nataf), femme enfant. Comme les deux comédiennes, elles ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance.
Après avoir planté un décor urbain pour nous présenter ces deux jeunes filles débrouillardes, bien dans leurs baskets, Lise Akoka et Romane Gueret embarquent tout leur petit monde dans un territoire bucolique de la Drôme. Shaï a réussi à se faire engager comme mono dans la même colo que Djeneba. « Le film est né d’un désir de raconter notre rencontre et notre histoire d’amitié et de sororité avec Shirel et Fanta pendant ces dix ans, confie Lise Akoka, présente à Sarlat. On voulait raconter aussi le monde de l’enfance en tentant d’atteindre une certaine vérité, très dure pour l’adulte, qui se fabrique, tout en faisant subir le minimum de transformation possible à ce qu’est l’enfance. »
Comme dans une colo
Sous les yeux amusés et attendris du spectateur, les deux réalisatrices filment des enfants délurés et attachants, au franc-parler détonnant, qui s’épanouissent en campant au bord d’une rivière. « Nous avons fréquenté beaucoup de colonies de vacances, raconte Lise Akoka, et si certaines choses ont changé entre notre époque et aujourd’hui, j’ai retrouvé plein de choses qui permettront à ceux qui sont partis en colo de s’y reconnaître, quel que soit leur âge. » Et ça marche !
Il faut dire que, sur les lieux du tournage, Lise Akoka et Romane Gueret ont organisé une véritable colonie de vacances pour les enfants-acteurs, eux-mêmes encadrés par les comédiens interprétant leurs moniteurs, avec en prime, une formidable Amel Bent, en directrice de colo. Autant dire que, si les scènes et les dialogues écrits, laissent pas mal de place à une improvisation maîtrisée, ça sonne juste !
Cette ambiance de vacances joyeuses — ponctuée par la chanson nostalgique et émouvante Mon Enfance de Barbara — n’empêche pas Lise Akoka et Romane Gueret d’aborder avec délicatesse des thèmes plus sérieux que leurs deux héroïnes questionnent : les blessures indélébiles de l’enfance, le passage à l’âge adulte, le rôle de mère, le besoin d’aimer et d’être aimé, la place de la religion au sein du couple, l’influence des parents, l’identité de genre. Shaï et Djeneba auront des choix à faire tout en préservant leur amitié. Difficile de ne pas penser à Nos Jours heureux d’Olivier Nakache et Éric Tolédano. « Tant mieux, c’est le film culte de notre enfance » conclut Lise Akoka, rayonnante.
- Ma Frère de Lise Akoka et Romane Gueret (France, 1h52) avec Fanta Kebe, Shirel Nataf, Amel Bent…
