Après La Beauté du geste, le réalisateur japonais Shō Miyake signe Jusqu’à l’aube, une adaptation du roman éponyme de Seo Maiko qui sort au cinéma mercredi 14 janvier. Il filme deux personnages qui vont de l’avant malgré les troubles incurables qui perturbent leur quotidien et leur rapport aux autres.
La semaine passée, nous vous présentions le film chinois de Ao Shen, Le Studio photo de Nankin, qui témoignait des atrocités dont avait été capable l’armée japonaise. Cette semaine, nous partageons avec soulagement la délicatesse toute japonaise de Jusqu’à l’aube de Shō Miyake.
Dans son précédent film, La Beauté du geste (2022), Shō Miyake s’intéressait à une jeune femme sourde qui décidait de mettre fin à une carrière de boxeuse pourtant prometteuse. Dans Jusqu’à l’aube, il suit le parcours de deux jeunes gens qui ont préféré travailler dans une petite entreprise d’astronomie plutôt que d’envisager la carrière plus prestigieuse à laquelle ils auraient pu aspirer. Il faut dire que, tout comme la boxeuse souffrait de surdité, ces deux-là tentent de masquer un handicap qui perturbe leur quotidien et leur rapport aux autres : Misa (Mone Kamishiraishi), atteinte d’un syndrome prémenstruel, ne parvient pas toujours à maîtriser ses humeurs, et Takatoshi (Hokuto Matsumura) a bien du mal à contrôler ses crises de panique aiguës…
Une amitié entre un garçon et une fille
Dans un rythme volontairement lent, Shō Miyake filme la vie calme et bienveillante dans cette petite entreprise où le patron semble craindre par dessus tout le burn out. Le rythme est posé, le travail, partagé, l’équipe, amicale et sereine. La caméra s’attache d’abord à la douce Misa dont on comprend mal les colères soudaines. Embarrassée, elle explique son cas : douleurs à la tête, au dos, aux seins, ou au ventre, gonflements, fatigue extrême, nervosité, ou autre tension qui reviennent à chaque cycle… C’est à travers son regard que l’on découvre Takatoshi, plutôt beau gosse mais totalement introverti, qui, avec un certain mépris, évite toute interaction avec les autres. C’est en cherchant à l’aider — la scène de la coupe de cheveux est vraiment drôle — que Misa va découvrir sa hantise des crises de panique.
Comme les employés de l’entreprise Kurita Science, le spectateur suit l’investissement des deux jeunes gens attachants, qui tentent toujours de faire bonne figure, et observe avec amusement leur façon de s’adapter à la situation. Il constate l’évolution de leur relation, de plus en plus tendre ; chacun d’eux tentant de comprendre l’autre et de trouver des solutions pour le soulager. Misa et Takatoshi s’apprivoisent doucement mais sûrement, et comme eux, on se demande si l’amitié entre un garçon et une fille est possible.
À la problématique sociale de l’intégration des handicapés dans une société, Shō Miyake ne répond pas par le romantisme hollywoodien mais par une touche poétique qui illumine le film. Ce n’est pas un hasard s’il a choisi de placer Misa et Takatoshi au service d’une entreprise spécialisée dans les supports pédagogiques liés à l’astronomie : les scènes dans les planétariums mobiles et celles de ciels étoilés nous offrent des moments d’émerveillement et de grâce partagés.
- Jusqu’à l’aube de Shō Miyake (Japon, 1h59) avec Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ryô…
