Dans l’ombre de Saddam Hussein

Sous le regard de Saddam Husein, Lamia veille son meilleur ami, le coq Hindi / Photo : TPC Film LLC

Pour son premier long-métrage, Caméra d’or à Cannes, Hasan Hadi replonge dans son enfance, sous Saddam Hussein, lorsqu’en primaire, il craignait d’être désigné par tirage au sort, pour préparer Le Gâteau du président, un film à voir au cinéma mercredi 4 février.

Les films irakiens étant rares en France, Le Gâteau du président de Hasan Hadi nous donne l’occasion d’un petit retour en arrière. Rappelons que le cinéma est né en France en 1895, et qu’en Irak, il faudra attendre les années 1920 pour voir pousser les premières salles de cinéma. Quant au cinéma irakien, lui-même, il ne s’est développé qu’à partir des années 1940. Naturellement, l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein à l’aube des années 1980, a changé la donne. Toutes les productions sont dès lors sous contrôle et destinées à glorifier le pays et Saddam lui-même.  

Avec son premier long-métrage, Le Gâteau du président, Hasan Hadi nous replonge dans l’Irak sous la dictature de Saddam Hussein — dont l’ombre plane sur tout le film — sous embargo et sous les bombardements américains. Un pays sous tension donc mais qu’il va filmer à hauteur d’enfant. De fait, le réalisateur s’est souvenu de son enfance pendant laquelle, le jour de l’anniversaire de Saddam Hussein, son instituteur entrait dans la classe, un bol à la main, demandant aux élèves d’y mettre un bout de papier après y avoir inscrit leur nom. L’enfant tiré au sort devait préparer le gâteau  d’anniversaire. D’autres étaient ensuite désignés pour apporter des fleurs, des fruits, des décorations… 

Du réalisme

Le réalisateur rejoue la scène et le sort désigne la petite Lamia, 9 ans, une écolière sage et consciencieuse, très embarrassée d’être l’heureuse élue. Quand on vit dans la plus grande pauvreté, c’est une véritable épreuve que préparer un gâteau. Il suit alors toutes les péripéties que Lamia devra traverser afin de réunir les ingrédients — lait, œufs, huile, farine… — nécessaires à la confection de son gâteau. Heureusement, dans sa quête quasi désespérée, elle pourra compter sur l’aide de son ami Saeed.

Certes, c’est une jolie fable, aux tournures oniriques, que nous propose Hasan Hadi. Il fait en sorte de rester au plus près du réalisme en dépeignant de manière authentique — il a recréé des lieux à partir de photos d’archives — des lieux et une époque particulière où la corruption, omniprésente, atteint tous les niveaux — même celui de l’instituteur — et gangrène la vie des gens simples, du vendeur antipathique aux flics incapables, en passant par une femme enceinte, un acteur… Des personnes souvent pauvres comme la grand-mère de Lamia qui, n’ayant plus les moyens de s’occuper d’elle, se voit contrainte de la faire adopter. Un problème de plus à régler pour l’orpheline. 

Présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des cinéastes, Le Gâteau du président et ses comédiens non professionnels méritent vraiment la dégustation. Ce n’est pas un hasard si le film a remporté la Caméra d’or. 

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