En compétition au festival de Cannes, Kelly Reichardt organise pour nous un braquage en plein jour dans un petit musée du Massachusetts aux États-Unis. Un prétexte pour signer le portrait d’un anti-héros, The Mastermind, un film qui sort dans les salles de cinéma mercredi 4 février .
Au cinéma, on ne compte plus les scènes de braquage. On pense à celles de L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison (1968), de Inside Man de Spike Lee (2006), de Ocean’s Eleven de Steven Soderbergh (2001) ou, côté français, de Mélodie en sous-sol de Henri Verneuil (1963) ou encore du Cercle rouge de Jean-Pierre Melville (1970). Quelles soient élégantes ou violentes, simples ou sophistiquées, toutes ces scènes sont très éloignées de ce que nous propose aujourd’hui Kelly Reichardt dans The Mastermind.
Fille d’une mère et d’un père policiers, la réalisatrice qui, en 1994, avait réalisé illégalement son premier long-métrage, River Of Grass, avec la police de Miami à ses trousses, s’inspire ici d’un cambriolage d’œuvres d’art au Worcester Art Museum dans le Massachusetts aux États-Unis mais détourne le genre en s’intéressant plus à son instigateur, un père de famille, menuisier au chômage, en quête de renouveau.
Nous sommes donc à Framingham (Massachusetts), en 1970, et le désir de reconversion de James Blaine Mooney (Josh O’Connor) alias JB, l’amène vers le trafic d’œuvres d’art. Encore faut-il disposer d’œuvres d’art. Alors Mooney passe de longues heures au musée, choisit les pièces de Arthur Dove, qu’il s’estime capable de revendre, observe méticuleusement les habitudes des surveillants et… envoie des complices récupérer les tableaux qui l’intéressent. On comprend vite que ce casse en plein jour, exécuté par des bras-cassés (Eli Gelb, Cole Doman et Javion Allen), ne peut que mal se terminer. Nous ne sommes pas au Louvre, en octobre 2025… De fait, un des voleurs ne tarde pas à attirer l’attention de la police et finit par dénoncer JB qui n’a plus le choix. Abandonnant femme et enfants, il s’enfuit sans trop savoir où aller.
Une tension
Après Rebuilding de Max Walker-Silverman, nous retrouvons Josh O’Connor, une fois encore parfait en père dépassé par les événements. Mais alors que le Dusty de Rebuilding se battait pour aller de l’avant, Mooney, fils de famille bourgeoise trop attiré par l’argent facile, semble accumuler les mauvais choix.
En suivant de près les déboires de JB sur une bande sonore jazzy, Kelly Reichardt en profite pour dépeindre une région paisible, presque endormie, à un moment où radio et télévision ne cessent de nous rappeler que les États-Unis sont engagés dans la guerre du Viet-Nam. Pendant que JB essaie de s’en sortir, on voit passer des informations sur l’engagement militaire, le tirage au sort, des manifestions pour la paix… Comme aujourd’hui on entend parler de l’Ukraine, de Gaza ou de l’ICE aux États-Unis, en continuant notre vie de tous les jours.
La réalisatrice instaure ainsi une tension du quotidien, non pas due à la préparation du casse ni à son exécution, mais surtout due aux conséquences auxquelles JB n’a pas assez réfléchi. En perdant le contrôle, l’anti-héros, un peu trop cool, devra en subir les incidences et ses proches, les dommages collatéraux.
- The Mastermind de Kelly Reichardt (États-Unis, 1h50) avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro…
