Le regard qui tue

Lidia (Tamara Cortes) et les siens / Photo : Arizona distribution

Le premier long-métrage de Diego Cespedes, Le Mystérieux Regard du flamant rose, au cinéma mercredi 18 février, méritait bien sa place au festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.  Le réalisateur chilien nous emmène dans un cabaret où des queers font le show aux mineurs isolés. 

Présenté au festival du cinéma américain de Deauville, Le Mystérieux Regard du flamant rose avait déjà marqué les esprits à Cannes dans la section Un Certain Regard. Il faut dire que l’ambiance western a fait son petit effet. Pour son premier long-métrage, le réalisateur chilien Diego Cespedes nous emmène aux abords d’une ville minière en plein désert où il imagine une maison-cabaret accueillant ceux qui n’ont pas d’autre famille que celle qu’ils se sont choisi.

Nous sommes en 1982 et c’est dans ce foyer flamboyant que grandit la jeune Lidia (Tamara Cortes), 11 ans, entourée de femmes transgenres comme Mamá Boa (Paula Dinamarca), Leona (Bruna Marinez) ou Estrella (Sirena Gonzales), mais aussi de celui qui joue pour elle le rôle de mère, Flamenco (Matías Catalán), un drag queen professionnel.

Ce contexte « familial » novateur aurait pu suffire à proposer un film digne d’intérêt mais Diego Cespedes va plus loin et ajoute à son scénario un élément déterminant qui approfondit encore le sujet : le sida. Il fait de l’innocente Lidia, le témoin principal des dommages irréversibles causés par une mystérieuse maladie mortelle supposée se transmettre par un simple regard.

D’où ce paradoxe cruel : les mineurs qui assistent au show se montrent fascinés par les personnages au nom d’animaux sauvages — Boa, Lion, Pirania… —, lorsqu’ils sont sur scène, mais se cachent les yeux lorsqu’ils sont amenés à croiser les mêmes personnes sans leur costume. Une façon originale d’évoquer cette période terrible où les fausses rumeurs et les peurs se propageaient encore plus vite que la maladie. Une période douloureuse qui faisait des homosexuels, de véritables parias. Quand l’ignorance fait autant, voire plus, de mal que les virus.

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