Présenté au festival de Cannes puis au Festival du cinéma américain de Deauville, le documentaire de Raoul Peck, ORWELL : 2 + 2 = 5, dans les cinémas mercredi 25 février, laisse les spectateurs sous le choc. Le monde décrit par l’auteur de 1984 pourrait-il devenir le nôtre ?
Le documentaire de Raoul Peck, ORWELL : 2 + 2 = 5, retrace les derniers mois de la vie de l’écrivain George Orwell. Nous sommes en 1949 et Eric Blair alias Orwell — auquel Éric Ruf prête sa voix dans la version française —, est hospitalisé pour soigner ses poumons. Ce sont dans ces circonstances fragiles qu’il tente de mettre un point final à 1984, son roman le plus important qui sera aussi aussi le dernier de son œuvre, dont on retient souvent La Vache enragée (1933) et La Ferme des animaux (1945)…
Récompensé en 2001 du prix Irene Diamond Lifetime Achievement Award pour son engagement en faveur des droits de l’homme, Raoul Peck s’intéresse au sujet près d’un siècle plus tard et s’interroge. George Orwell aurait-il tout vu, tout analysé, tout prédit dans son visionnaire 1984. Le monde qu’il décrit n’est-il pas en train de devenir le nôtre ?
La guerre, c’est la paix…
Petit rappel : 1984 se joue dans un futur imaginaire, quand les trois blocs qui réunissent tous les peuples du monde sont en guerre perpétuelle. Une situation politique qui profite aux plus forts et donc aux despotes. La Grande-Bretagne est devenue une province d’Océania, super-état dirigé par Big Brother, un leader dictatorial, soutenu par la police de la Pensée et par le ministère de la Vérité, qui opère la surveillance incessante de la population. Entre négationnisme historique et propagande constante, la liberté d’expression n’a plus sa place.
En nous replongeant dans l’univers d’Orwell — via des images d’archives, le journal intime de l’auteur, des témoignages et des extraits de films comme le 1984 de Michael Radford, sorti judicieusement en 1984 —, Raoul Peck fait un parallèle saisissant entre la situation fictive et la réalité d’aujourd’hui. Depuis le début du XXIe siècle, près de quatre-vingts conflits ont éclaté dans le monde. À partir du sophisme qu’il a retenu pour le titre, 2 + 2 = 5, il nous rappelle les concepts troublants énoncés par le despote imaginé par l’écrivain britannique : la guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force… Des concepts rendus inquiétants de par l’omniprésence de Big Brother, l’utilisation du double discours, la pratique de la torture physique et/ou mentale, l’usage de la novlangue, ce langage utilisé pour manipuler et altérer le réalité…
Impressionnant, le constat final pourrait paraître déprimant mais force est de constater que l’on ne s’ennuie pas une seconde pendant les deux heures que ce documentaire qui fourmille d’informations utiles à notre réflexion.
- ORWELL : 2 + 2 = 5 de Raoul Peck (États-Unis-France, 1h59) avec les voix de Eric Ruf dans la version française, Damian Lewis dans la version originale…
