Penser un nouveau monde

Photo : Simon Gosselin

Un nouveau monde doit s’écrire. Pour cela, Adama Diop s’interroge sur les héritages dans L’Apocalypse d’Adam et Aimée, un spectacle théâtral et musical présente du 10 au 12 mars au théâtre des Cordes à Caen avec la Comédie de Caen – CDN de Normandie.

Ce sont deux textes à mettre en miroir. Dans La Distance, magnifique spectacle de Tiago Rodrigues, Adama Diop joue le rôle d’un père échangeant avec sa fille partie sur la planète Mars pour inventer un nouveau monde. Entouré du musicien, Dramane Dembélé, l’auteur et comédien incarne à nouveau un père dans L’Apocalypse d’Adam et Aimée, joué du 10 au 12 mars au théâtre des Cordes à Caen. Là, il s’adresse à sa fille qui va naître et lui parle du monde juste avant la marche vers son extinction. Adam est le dernier témoin de ce qui a pu être l’humanité et de ce qui a été sa vie.

« Il se questionne sur sa posture de père et sur l’humanité. Nous avons hérité d’un monde troublé à cause des guerres et des bouleversements écologiques, un monde où le masculin a été au pouvoir. Les violences, les guerres, le phénomène d’appropriation sont des attributs masculins. » L’héritage et la mémoire sont au cœur de L’Apocalypse d’Adam et Aimée. « J’ai grandi au Sénégal avec une culture ancrée dans ma terre. J’ai aussi reçu en France un autre héritage qui n’a rien à voir avec le premier mais qui est très présent dans mon monde et dans mon imaginaire. Porter un double héritage est complexe parce que les histoires se mélangent. »

« Ce poème, c’est le monde »

Dans cette dystopie, Adama Diop a souhaité s’interroger pour se « mettre en mouvement. Quand un humain est face à un séisme, il se sent tout petit, ressent un sentiment d’impuissance. Or, il ne faut pas se mettre les phares dans les yeux mais réfléchir, dire, rassembler, nous mettre en communauté. Le nous est important. Si nous continuons de cette manière, nous aurons de moins en moins de contact avec les autres. Le théâtre a cette vocation de nous rassembler et de nous faire réfléchir. »

Il faut ajouter cette mission de transmission à laquelle Adama Diop tient tant. « C’est arrivé comme un accident. Quand j’ai commencé à écrire, je me suis demandé qui j’étais pour apprendre des choses aux autres. J’ai trouvé la réponse lors d’un atelier. J’ai trouvé cela passionnant. En fait, nous sommes des passeurs. Nous apprenons tout autant lorsque nous sommes en connexion avec les autres. Nous ne pouvons pas être dans ce schéma : c’était mieux avant. Le dialogue est nécessaire. Je me place déjà dans les anciens et je me dois d’avoir l’humilité d’écouter les plus jeunes. Nous devons poser cette question : que puis-je faire pour vous accompagner pour créer un monde meilleur ? Ces échanges procurent une double énergie et cela me remplit de bonheur. »

Dans ce même élan généreux, Adama Diop partage des écrits d’Aimé Césaire en mêlant son texte à des extraits du Cahier d’un retour au pays natal, un de ses livres de chevet. « Il m’accompagne depuis pas mal d’années. Il est dense, foisonnant et donne du courage. Ce poème, c’est le monde. Je comprends ce qu’Aimé Césaire veut me transmettre. C’est un témoignage de la transmission entre Adam et Aimée. Il lui lègue cette poésie. » Adama Diop confie cette parole à Jessica Martin-Maresco qui porte ainsi l’espoir d’un monde meilleur.

Infos pratiques

  • Mardi 10, mercredi 11 et jeudi 12 mars à 20 heures au théâtre des Cordes à Caen
  • Durée : 1 heure
  • Tarifs : de 25 à 8 €
  • Réservation au 02 31 46 27 29 ou en ligne
Partager l'article