Après son troisième court-métrage, La Vie sexuelle de mamie, Urška Djukić filme les premiers émois amoureux d’une sage adolescente. C’est Little Trouble Girls, un film qui sort dans les salles de cinéma mercredi 11 mars.
Urška Djukić se lance dans l’aventure du long-métrage après trois courts dont La Vie sexuelle de mamie qui a remporté une cinquantaine de récompenses à travers le monde, comme le Prix du Meilleur Court Métrage de l’Académie du cinéma européen en 2022 et le César du Meilleur Court Métrage d’animation en 2023. Comme son titre l’indique, Little Trouble Girls, la réalisatrice slovène se penche cette fois sur les premiers émois amoureux d’une ado jusque-là bien sage.
Son héroïne, la douce Lucia (émouvante Jara Sofija Ostan), est une jeune fille réservée, tenue d’une main de fer par une mère autoritaire, peu encline à laisser sa fille de 16 ans voler de ses propres ailes. Cependant, nous découvrons Lucia au moment où elle rejoint la chorale de son école de filles. Les premières répétitions se passent bien, le chef de chœur (Saša Tabaković) apprécie sa voix et ses voisines de chant lui font un bon accueil. Et puis vient le temps d’un stage de trois jours dans un couvent où des ouvriers en plein travaux font frissonner les jeunes filles en fleurs.
Un éveil
Urška Djukić décrit d’abord avec justesse le lien d’amitié qui se noue entre deux adolescentes. La timide Lucia attire l’attention de son opposée, l’intrépide Ana-Maria (pétillante Mina Švajger). Populaire et désirable, celle-ci aide la nouvelle venue à s’intégrer, à se mêler aux autres choristes et se faire accepter. Le stage de chant offre l’occasion de veiller entre copines, de se faire des confidences, d’évoquer les hommes transpirant sur le chantier, de jouer à ce jeu dangereux Action ou Vérité ; la vérité étant parfois aussi difficile à dire que l’action à exécuter.
Dans cet environnement bouillonnant de vie, d’énergie et de sensualité, le spectateur découvre une Lucia qui s’éveille à la sexualité, sans trop savoir vers qui elle va se tourner : sa nouvelle amie, un bel ouvrier, son chef de chœur…
Le contexte de la chorale de jeunes filles donne un atout supplémentaire à ce film sensible et subtile. Non seulement Urška Djukić fait un travail formidable sur le son, mais elle amène aussi le spectateur à s’intéresser au travail d’un chœur, à la direction du chef, à ses gestes précis, ses indications vocales explicites, à l’écoute des choristes qui s’appliquent à le suivre, et elle nous donne à entendre des chants magnifiques, interprétés avec justesse, vitalité et précision. Ce beau travail sur l’harmonie va-t-il être mis à mal à cause d’une peine de cœur ? Il faudra patienter jusqu’à entendre Sonic Youth chanter sa célèbre Little Trouble Girl à la toute fin du film.
- Little Trouble Girls de Urška Djukić (Slovénie/Italie, 1h32) avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković…
