Le juste prix

Audrey, la novice, (Ana Girardot) et Fournier, l’expert, (Olivier Gourmet) dans la « boîte » où se jouent les négociations entre requins / Photo : Les Films de Jeanne

La Guerre des prix, premier long-métrage d’Anthony Dechaux, au cinéma mercredi 18 mars, nous introduit dans les arcanes des négociations entre acheteurs impitoyables de la filière laitière. Intéressant et édifiant.

Difficile d’ignorer les problèmes des agriculteurs qui réclament à juste titre, le droit de vivre dignement de leur travail. Les journaux télévisés les suivent et le cinéma s’en fait l’écho de plus en plus souvent — Le Petit Paysan de Hubert Charuel, La Ferme des Bertrand de Gilles Perret, Au Nom de la terre et Rural d’Édouard Bergeon… Aujourd’hui, La Guerre des prix d’Anthony Dechaux se penche sur le destin d’un agriculteur et éleveur qui a repris la ferme de ses parents.

Cependant, pour son premier long-métrage, le réalisateur ne se contente pas de filmer le travail et les conditions de vie du jeune Ronan (Julien Frison de la Comédie-Française), il nous invite également à suivre les impitoyables négociations autour du prix du lait. « Je suis un citadin, je ne connais rien à l’agriculture, en revanche je connais mieux le monde de l’entreprise pour l’avoir fréquenté », reconnait-il lors de sa venue à l’Omnia de Rouen.

De fait, il donne à Ronan une sœur aînée, Audrey (Ana Girardot), chef de rayon dans un hypermarché. Compétente et efficace, la voilà vite repérée par la patronne de la centrale d’achat de son enseigne. Celle-ci l’accueille à la maison-mère pour lui confier la filière à laquelle la jeune femme est très attachée : le bio local. Une aubaine pour Audrey qui compte en faire bénéficier les petits producteurs de sa région. Il lui reste à apprendre les ficelles du métier d’acheteur. « L’acheteur, c’est le représentant de la grande distribution qui essaie d’imposer son prix, de faire baisser les prix au maximum… », précise Anthony Dechaux. Et c’est là qu’entre en jeu l’impitoyable Fournier incarné par un Olivier Gourmet détestable comme jamais. 

Une forme d’omerta

 « Je voulais faire un film sur la confrontation entre le monde agricole et celui de la grande distribution, insiste Anthony Dechaux. J’ai donc essayé d’infiltrer l’univers des négociateurs. Au début, personne ne voulait me répondre car il y a une forme d’omerta autour de ce sujet. J’ai finalement trouvé un interlocuteur qui m’a beaucoup aidé, un ancien acheteur qui se présente même comme un repenti. Il m’a décrit toute la complexité et toute la brutalité de ces négociations. »

Hé oui, s’il a fallu ajouter l’épithète équitable au mot commerce, c’est que les transactions n’aboutissent que rarement au juste prix. La guerre qui se joue dans le film d’Anthony Dechaux en est une démonstration tristement édifiante pour le consommateur qui devra prendre sa part de responsabilité. Dans ses achats en rayons. 

Reste au spectateur d’apprécier le travail de la mise en scène, le décor oppressant des pièces sans fenêtres dans lesquelles s’enferment les acheteurs, et le jeu des acteurs. Olivier Gourmet, qui risquait la caricature, réussit à maintenir un équilibre parfait et Ana Giradot, souvent présentée comme fragile et sensible, parvient à s’imposer dans ce monde de brutes. Une jolie surprise.

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