Un saut dans le vide

Lina (Isabel Aimé Gonzalez-Sola)en plein doute/ Photo : Dulac Distribution

L’actrice franco-argentine Isabel Aimé Gonzalez-Sola que l’on voit en ce moment dans Le Crime du 3e étage de Rémi Besançon, se laisse cette fois emporter par Las Corrientes de Milagros Mumenthaler, un film dans les salles de cinéma mercredi 18 mars. 

La famille de Milagros Mumenthaler s’est exilée en Suisse alors que l’Argentine subissait la dictature militaire. Et c’est en Suisse que débute son nouveau film, Las Corrientes. Son héroïne, Lina, une styliste argentine de 34 ans, interprétée par Isabel Aimé Gonzalez-Sola, est au sommet de sa carrière et vient de recevoir un prix prestigieux. On la retrouve cependant sur un pont, se jetant dans l’eau glaciale d’un fleuve. Aucune raison apparente, aucune explication nous est donnée. On la voit juste échapper aux courants et s’en sortir saine et sauve. 

La réalisatrice prend son temps pour installer la situation dépressive de Lina qui, de retour à Buenos Aires, n’évoque même pas son acte autodestructeur, ni à son mari Pedro (Esteban Bigliardi) ni à aucun de ses proches. La jeune femme fait bonne figure, reprend le cours normal de sa vie. Pourtant, imperceptiblement, une phobie de l’eau s’est installée, insidieuse. Encombrée par ses pulsions de mort, il lui est de plus en plus pénible de jouer la mère parfaite d’une fillette de 5 ans, l’épouse idéale, la styliste sensationnelle… ou tout simplement une femme juste aimable.

Un bouleversement intérieur

Peu de dialogues, peu de mots échangés entre les personnages, la réalisatrice donne le point de vue de Lina. Sa caméra plonge dans ses pensées, ses émotions, ses désirs, ses délires au plus près du visage presque figé de la sensuelle Isabel Aimé Gonzalez-Sola. Rien n’est expliqué, commenté, appuyé. Tout est suggéré. Il arrive même que le spectateur ne sache plus très bien si ce qu’il voit est réel ou juste une vision de Lina. 

Presque sous hypnose, on observe Lina cherchant à comprendre le bouleversement intérieur qui la traverse, faire face à ses peurs, faire remonter des souvenirs enfouis, affronter son passé, ses origines, quand Lina s’appelait Cata. 

En faisant de son héroïne une créatrice de mode, Milagros Mumenthaler se donne la possibilité de sortir de la dépression pour nous emmener vers le romantisme, thème potentiel de la tendance future. De quoi se donner une bouffée d’oxygène qui peut faire du bien dans cette ambiance trouble qui nous renvoie tantôt à David Cronenberg, David Lynch ou Pedro Almodovar.

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