L’heure cruelle du choix

Meryem Benm’Barek aux Rencontres du Sud à Avignon / Photo : Guillaume Samama 

Aux Rencontres du Sud à Avignon, Derrière Les Palmiers de Meryem Benm’Barek, au cinéma mercredi 1er avril, remporte le Prix des Lycéens qui se sont montrés sensibles au destin d’un jeune Marocain épris de deux femmes très différentes.

« Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison », annonce Éric Rohmer en ouverture de ses Nuits de la pleine lune. Ce dicton aurait pu également introduire le film de Meryem Benm’Barek puisque Derrière Les Palmiers, a pour héros un jeune Tangerois tiraillé entre deux femmes amoureuses, une boulangère marocaine et une artiste française. « Ce film est inspiré de mes expériences amoureuses. J’ai pu être tour à tour Selma, Mehdi et Marie », s’amuse la jeune réalisatrice présente à Avignon où son long-métrage a reçu le prix des Lycéens aux Rencontres du Sud.

La cinéaste filme cette histoire du point de vue de son héros Mehdi (Driss Ramdi). Faute d’emploi, malgré un diplôme en architecture, le jeune homme doit se contenter de travailler dans l’entreprise de bâtiment de son père. Mehdi compense cette frustration professionnelle lorsqu’il tombe amoureux de la douce et jolie Selma (Nadia Kounda). Cette romance pudique mais prometteuse va être bouleversée après sa rencontre avec Marie (Sara Giraudeau) dont les parents (Carole Bouquet et Olivier Rabourdin) viennent d’acheter une luxueuse villa dans la kasbah. « Deux choix de vie possible s’offrent à lui, commente Meryem Benm’Barek, et quelque part Mehdi va courir vers une espèce de rêve capitaliste au risque de tout perdre. »

Mehdi (Driss Ramdi) et Selma (Nadia Kounda) sont amoureux / Photo : Pyramide Distribution

Sans critiquer, la réalisatrice observe ce désir d’ascension sociale représentée par la riche famille de Marie. Cependant elle s’intéresse avant tout ce qui attire Mehdi vers ces deux femmes si différentes. « L’ascension sociale n’est pas l’élan principal qui l’a poussé à aller vers Marie, l’élan principal est d’ordre sexuel. »

Avec justesse, Meryem Benm’Barek filme la relation intime entre Mehdi et la jolie et pulpeuse Selma, relation faite de moments partagés, de corps à corps sur un scooter, de caresses pudiques, de baisers de plus en plus langoureux… Mais, toujours dans le contrôle, la jeune musulmane maîtrise avec délicatesse les pulsions d’un Mehdi attentif à ses désirs comme à ses exigences. « À la base, c’est un jeune homme qui désire une femme et une jeune femme qui le désire. C’est donc un désir partagé mais qui ne peut pas être consommé du fait des normes sociales », constate la réalisatrice. 

Le contraste avec Marie n’en devient que plus flagrant. La frustration sexuelle pousse Mehdi vers cette femme moderne et libre qui se donne à lui sans réserve. « Mais Marie attend plus de lui : elle veut qu’il soit socialement acceptable, commente Meryem Benm’Barek, et petit à petit, elle va vouloir le façonner, selon les codes de son milieu. » Voilà Mehdi pris dans un engrenage épineux. Attiré par une vie mondaine, va-t-il pour autant délaisser Selma ? 

Derrière Les Palmiers est un titre subtil pour une romance qui devient thriller et montre « comment l’amour révèle les forces sociales, culturelles et historiques qui structurent nos vies », selon Meryem Benm’Barek.

La rencontre de Mehdi (Driss Ramdi) avec Marie (Sara Giraudeau) va tout  bouleverser / Photo : Pyramide Distribution

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