Fascinée par les relations familiales, Carla Simón nous livre une page d’histoire personnelle : comme elle, à l’heure d’entrer à l’université, l’héroïne de Romería, au cinéma dès mercredi 8 avril, part à la rencontre de sa famille paternelle.
Il est des blessures d’enfance que l’on transforme en œuvre d’art. C’est le cas du nouveau film de Carla Simón, Romería, qui s’invente des souvenirs en mettant en scène une jeune fille, Marina (Llúcia Garcia, délicate et solaire) qui, pour obtenir une bourse universitaire, doit présenter un document d’état civil dont elle ne dispose pas. Adoptée depuis l’enfance — ses parents sont morts lorsqu’elle était toute petite —, il lui faut renouer avec la famille de son père qui sont encore des étrangers pour elle.
Dans cette fiction pas tout à fait autobiographique, le spectateur accompagne Marina dans sa quête sur la côte atlantique. Caméra au poing, la jeune fille, qui aspire à étudier le cinéma, filme les décors de la vie passée de ses parents et joue aux jeux des différences à partir du journal intime de sa mère biologique qui l’aide dans ses démarches.
Des souvenirs douloureux
Avec elle, on fait la connaissance d’un oncle et de cousins plutôt accueillants, d’une tante plus réservée, enfin d’une grand-mère distante pour ne pas dire hostile et d’un grand-père arrangeant mais qui ne veut pas fâcher sa femme malade. Il faudra attendre des révélations houleuses pour comprendre leur embarras.
La réalisatrice espagnole bascule entre passé et présent : avec des images vieillies, elle fait revivre le début des années 1980 teintées de mélancolie. La voix off de la maman de Marina raconte combien elle amoureuse, combien elle est heureuse et pleine d’espoir en la vie. Elle dévoile peu de choses sur l’homme qu’elle aime et celui-ci, tel un fantôme, disparaît très vite.
Entre temps, on passe aux années 2000 quand la jeune fille découvre à son tour le port de Vigo. En quête d’une signature qui prouve sa parenté, c’est l’histoire de son père que Marina va découvrir, un fils peu apprécié de cette famille bourgeoise, parce drogué et malade du Sida. La venue de Marina fait exploser les non-dits et ravivent des souvenirs douloureux et peu glorieux. Mais pour la jeune femme, c’est peut-être la seule façon d’avancer dans la vie.
- Romería de Carla Simón (Italie, 1h55) avec Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa…
