Un homme désespéré et en colère

Moment de tension extrême lorsque Tony Kiritsis (Bill Skarsgård) embarque son otage . Photo : Elevated films-Pressman Film

Après sa Palme d’or en 2003 pour Elephant, librement inspiré de la tuerie de Columbine en 1999, Gus Van Sant revient au fait divers — l’enlèvement d’un courtier à Indianapolis en 1977 — avec La Corde au cou. Tension assurée dans ce film qui sort dans les salles de cinéma mercredi 15 avril.

Gus Van Sant s’est fait une excellente réputation dès ses premiers films, My Own Private Idaho, Prête à tout, Will Hunting, et confirme son succès en 2003 avec une Palme d’or et un Prix de la Mise en scène au festival de Cannes pour son brillant Elephant, revenant sur la fusillade qui a fait douze morts à Colombine, le lycée du Colorado en 1999.

Avec La Corde au cou, le réalisateur américain s’intéresse à un autre fait divers qui a défrayé la chronique à Indianapolis en 1977. Et il faut dire que son auteur n’est pas un héros ordinaire : Tony Kiritsis (Bill Skarsgård, sympathique et inquiétant) se retrouve ruiné à cause d’un emprunt qu’il ne peut plus rembourser. Ce mardi 8 février 1977, il décide de kidnapper le courtier qu’il rend responsable de sa situation et lui réclame 5 millions de dollars et des excuses…

Gus Van Sant aime les hommes qui s’opposent au système : son Kiritsis, qui s’était endetté pour acquérir un terrain et y construire une zone commerciale, accuse le courtier d’avoir fait fuir les potentiels commerçants. Incapable de rembourser son prêt, l’homme désespéré et en colère n’a pas l’intention de se laisser faire.   

Des frissons

Dans une tension extrême, Gus Van Sant raconte les soixante-trois heures qu’aura duré l’enlèvement : ce jour-là, Kiritsis a rendez-vous avec son courtier, le cynique M.L. Hall (Al Pacino, jubilatoire). Celui-ci a préféré esquiver la rencontre pour se prélasser sous le soleil de la Floride. C’est son fils Richard (Dacre Montgomery, au jeu subtil) qui se présente pour calmer l’homme en colère. Qu’à cela ne tienne, c’est lui qui aura la corde au cou ou plutôt un cordon métallique relié à la détente d’un fusil à canon scié de calibre 12. Tout mouvement brusque est susceptible de générer un tir. C’est à la fois fébrile et décidé que Kiritsis emmène son otage chez lui, devant des dizaines de policiers armés et une caméra de télévision. Toute l’Amérique va être suspendue à cette affaire prenant parti pour ou contre Tony Kiritsis, victime d’un escroc pour les uns, kidnappeur dangereux pour les autres.

Présenté hors compétition à la Mostra de Venise, La Corde au cou joue la corde de l’humour noir à la manière des frères Coen. La mise en scène efficace de Gus Van Sant nous replonge dans les années 1970 mais d’une manière beaucoup moins ludique et plaisante que les années 1980 de Juste Une iIlusion, le film de Nakache et Toledano, sur les écrans aussi cette semaine. D’ailleurs, lors du générique de fin, les images réelles donnent des frissons dans le dos d’autant que ce retour aux seventies n’empêche pas le rapprochement avec l’époque actuelle quand la colère mêlée d’impuissance gronde un peu partout dans le monde.

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