Combat intime et grands espaces

Partie de pêche entre un père et son fils / Photo : Haut et Court

Dans Sukkwan Island, un film, au cinéma mercredi 29 avril, adapté du roman éponyme de David Vann, Vladimir de Fontenay nous invite à suivre un père et son fils partis vivre toute une année sur une île désertique, au sud de l’Alaska.

Sukkwan Island, le  livre de David Vann, Prix Médicis étranger 2010, comme le film de Vladimir de Fontenay, raconte l’histoire d’un père divorcé qui décide d’emmener son fils de 13 ans passer un an avec lui sur une île déserte, difficile d’accès, au sud de l’Alaska. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse permet à Tom (Swann Arlaud) et Roy (Woody Norman) de se retrouver. Cependant, la vie rude et l’isolement total finissent par mettre leur relation à l’épreuve.

 « J’ai adoré le livre, affirme Vladimir de Fontenay en présentant Sukkwan Island au Festival du Film de Sarlat. Dès qu’il a été question de l’adapter, je me suis interrogé sur la forme, la structure du récit. Le livre se découpe en deux parties : le point de vue du père et celui du fils. Je n’avais pas ce désir-là. Je voulais que le récit soit pluriel. J’aime me balader d’un personnage à l’autre pour mieux connaître le père, donner le ressenti de l’enfant. »

Vladimir de Fontenay a rencontré David Vann qui lui a raconté son histoire personnelle : « Il a vécu en Alaska jusqu’au suicide de son père lorsqu’il avait 13 ans… Il faut savoir que le voyage dont parle le livre, son père le lui avait proposé, mais qu’il avait refusé. Ce livre, c’était une façon d’imaginer ce qui aurait pu se passer s’il avait fait ce voyage. On comprend mieux ce qui se cache derrière le récit, et c’est ça qui m’a semblé hyper beau. »  

Un paradis pas si paisible

Sur grand écran, nous découvrons donc un père trop absent, Tom (Swann Arlaud), qui tente de renouer avec son fils, Roy (Woody Norman), en lui faisant une proposition à la fois excitante et exigeante pour un adolescent : vivre un an, tous les deux, sur île uniquement accessible par bateau ou par hydravion, où il n’y a ni voiture ni téléphone ni aucun être humain… Un retour à la vie sauvage qui devrait faire de Roy un homme, selon le père..

Vladimir de Fontenay filme les premiers jours insouciants, l’aménagement dans un modeste chalet, la mise en place de leur moyen de communication avec le monde extérieur, la routine qui s’installe entre balades en forêt et en montagne, baignades dans le lac, parties de pêche et repas simples mais copieux… Le décor sublime prête à rêver. Qui n’aurait pas envie de passer du temps dans ce paradis paisible ?  Malheureusement le paradis ne tarde pas à virer à l’enfer quand la météo — neige, tempête, froid glacial — s’en mêle. La relation entre le père et le fils va forcément en souffrir.

Swann Arlaud incarne avec ambiguïté ce père fragile et inquiétant, ce genre de père qu’on aime et qu’on craint à la fois. Fragile parce qu’il veut à tout prix se faire aimer d’un fils qu’il connaît à peine. Inquiétant parce qu’inadapté à vivre dans les conditions extrêmes qu’il s’est imposées. Son entêtement a de quoi faire peur. Le jeune Woody Norman lui fait face avec une maturité sans faille. Ensemble, ils nous font vivre une aventure intime contrastant avec les grands espaces dans lesquels ils évoluent. Avec eux, le voyage mérite le détour. 

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