Avec Toutes Mes Sœurs, dans les salles de cinéma mercredi 3 juin, le réalisateur iranien Massoud Bakhshi documente ce qu’est que grandir à Téhéran quand on est une fille au XXIe siècle : des jeux d’enfants au premier voile jusqu’au choix des études et les premiers signes d’une quête de liberté.
Zahra et Mahya sont deux sœurs iraniennes nées en 2005 et 2006 dans une famille aimante. Dès 2007, leur oncle, Massoud Bakhshi décide de les filmer avec l’idée de les voir grandir à Téhéran au XXIe siècle… Une caméra discrète qui se fait vite oubliée et le spectateur entre dans la vie de Zahra et Mahya qui jouent, dessinent, feuillettent un livre, se disputent aussi parfois, comme tous les enfants du monde. En fond sonore, leurs cris, leurs rires, leurs chants et la voix d’une mère qui ramène au calme, d’une grand-mère qui dit ses prières. Les hommes sont totalement absents du films, la voix du réalisateur interrogeant ses nièces mise à part.
Massoud Bakhshi a décidé d’éviter de filmer les adultes, d’ailleurs il montre ses images à ses deux protagonistes devenues étudiantes afin de leur demander leur accord — et même leur avis — sur ce film dont elles sont les héroïnes. Assises dans l’ombre, les deux jeunes femmes voilées observent en souriant — parfois en grimaçant — quelques-unes des pages du livre de leur vie.
On se doute bien que pour Massoud Bakhshi, il ne s’agit pas de nous proposer un film de famille. Après son premier long-métrage, Une famille respectable, présenté à la Quinzaine des cinéastes de Cannes en 2012, puis Yalda, la nuit du pardon, Grand Prix du Jury au Festival de Sundance en 2020, il évoque avec Toutes Mes Sœurs le poids des traditions et de la religion qui a abouti à la naissance du mouvement Femme, Vie, Liberté en 2023. Mouvement dont les manifestations donnent lieu à un conflit de générations entre les filles aspirant à plus de liberté et leur mère inquiète, le tout dans un calme admirable.
Pour en arriver là, le spectateur suit, avec intérêt, les étapes essentielles de la vie de Zahra et Mahya : de l’enfance aux prémices de l’âge adulte, de la maternelle à l’université, du premier voile au premier engagement social. À travers ses deux nièces, c’est bien toutes ses sœurs que le réalisateur filme avec un profond respect. Il en tire un film plutôt positif qui note les hauts et les bas d’une légère évolution de la condition féminine dans son pays où l’attente est de plus en plus forte à l’heure d’internet et des réseaux sociaux.
Alors que la musique de Mahya accompagne les images du film, on s‘interroge sur l’avenir des deux sœurs et de la petite dernière, Malika dans un pays en guerre aujourd’hui.
- Toutes Mes Sœurs de Massoud Bakhshi (Autriche-France-Allemagne/Iran, 1h18)
