Apprendre à garder ses distances

Pas facile de garder ses distances quand on prend à cœur son rôle de soignante / Photo : Wrong Men Productions

Dans Au Bord du monde, au cinéma mercredi 10 juin, les réalisateurs belges Guérin van de Vorst et Sophie Muselle proposent une immersion dans le service fermé d’un hôpital psychiatrique et filment le rapprochement dangereux entre une infirmière et sa patiente. 

Un an à peine après En Première Ligne de la Suissesse Petra Biondina Volpe, voici qu’on nous propose une nouvelle immersion en milieu hospitalier avec Au Bord du monde des Belges Guérin van de Vorst et Sophie Muselle. Dans les deux films, le manque de moyens et le personnel en sous-effectif se font ressentir et l’on s’interroge : le stress permanent n’amène-t-il pas le personnel soignant à perdre toute humanité ? 

Cependant Guérin van de Vorst et Sophie Muselle abordent le sujet sous un autre angle en suivant les premiers pas d’Alexia (Mara Taquin qu’on ne peut pas quitter des yeux) qui vient de décrocher un poste d’infirmière stagiaire dans le service fermé d’un hôpital psychiatrique. On note qu’elle n’a pas le sourire et l’on apprend que ce stage lui a été imposé.

Une envie de rébellion

À ses côtés, nous rencontrons le médecin psychiatre débordé, les soignants très occupés, les malades souvent broyés par la société, puis nous découvrons le fonctionnement de l’unité — on ne peut s’empêcher de penser à Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (1975) —, les règles à suivre et, parmi les recommandations de Joëlle (la sage Nathalie Richard), l’infirmière en chef, l’importance de garder la bonne distance avec les patients. Peut-être le conseil le plus difficile à suivre quand on a 25 ans et qu’on veut préserver sa part d’idéalisme.  

Le cas va d’ailleurs se poser rapidement avec Mila (merveilleuse Sasha Deprez), une jeune fille de 20 ans, internée contre son gré, qui ne comprend d’ailleurs pas ce qu’elle fait là. Alexia va se rapprocher d’elle au risque d’enfreindre les règles de l’institution… Auprès de Mila, révoltée, Alexia va commettre sa première erreur, ressentir ses premiers doutes, éprouver une première envie de se rebeller, ses premières angoisses.

À part quelques scènes en extérieur, la sensation d’enfermement est donnée au spectateur par la mise en scène d’une forme de huis clos en plan séquences. La caméra s’accroche à Alexia au plus près, observe ses faits et gestes, la suit dans ses moindres déplacements, et la tension monte immédiatement. Ce procédé impose aux comédiennes d’être justes à chaque instant, et c’est le cas, que ce soit Nathalie Richard, l’aînée à la centaine de films au compteur, parfaite pour jouer l’infirmière expérimentée face à Mara Taquin, repérée dans La Petite de Guillaume Nicloux, dont ce personnage de stagiaire est son premier rôle principal, quant à Sacha Deprez, elle fait merveille pour sa toute première fois au cinéma. À voir.

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