Avec L’Étrangère, présenté aux Rencontres du Sud d’Avignon, la réalisatrice syrienne Gaya Jiji nous raconte une belle et émouvante histoire d’amour en suivant le parcours d’une mère exilée qui tente de réinventer sa vie. Le film est à voir au cinéma mercredi 24 juin.
Il semble aujourd’hui de plus en plus utile de montrer le courage nécessaire pour fuir son pays où la vie est devenue impossible. C’est le cas de Selma (Zar Amir), L’Étrangère de Gaya Jiji dont le mari a disparu dans une des prisons du régime. Elle a quitté la Syrie en laissant derrière elle Rami, son fils de 6 ans. On imagine le déchirement sans avoir besoin de nous le montrer.
Gaya Jiji ne cherche pas non plus à filmer les dangers d’un périple qui mène son héroïne de la Syrie à Bordeaux — Zar Amir a déjà joué cette situation dans Les Survivants de Guillaume Renusson en 2022. Le spectateur les découvre par bribe, comme des cauchemars qui surviennent. Ici, la réalisatrice donne la priorité à la nouvelle vie de Selma qui accepte le premier boulot qu’elle trouve, s’épuise en enchainant les heures payées au noir. Malheureusement, sa vie restera précaire — et solitaire — tant qu’elle n’aura pas obtenu le droit d’asile qui lui permettra de faire venir Rami auprès d’elle.
Un amour naissant
L’Étrangère entre alors dans une autre étape, celle des laborieuses démarches pour obtenir des papiers. Le spectateur découvre alors la procédure de Dublin qui veut que, lors de son parcours vers la France, Selma ayant été arrêtée en Hongrie où l’on a pris ses empreintes, son nom soit enregistré dans le fichier européen. Dès lors, elle ne peut plus faire de demande d’asile dans un autre pays. La jeune femme fait alors appel à un avocat (Alexis Manenti), client du restaurant où elle travaille.
Gaya Jiji filme l’amour naissant avec délicatesse. La courageuse et fragile Selma et le timide et expérimenté Jérôme, noyé dans son travail, vont combler leurs deux solitudes. Comme on l’a vu dans L’Histoire de Souleymane, magnifique film de Boris Lojkine (2024), ils vont préparer ensemble l’entretien de Selma à l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Là encore, on découvre que la vérité n’est pas forcément ce qui compte le plus dans la procédure. Gaya Jiji filme avec sobriété cet amour discret, avant de déclencher un nouveau dilemme auquel Selma devra faire face.
Le spectateur se laisse surprendre par les rebondissements, apprécie la romance portée par des comédiens excellents. On aime la profondeur de Zar Amir, toujours solide, et la douceur d’Alexis Manenti qui s’impose de plus en plus dans le cinéma français depuis Les Misérables de Ladj Ly (2019), Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck (2023) et prochainement Du Fioul dans les artères du Normand Pierre Le Gall. Autant de bonnes raisons pour bien accueillir L’Étrangère de Gaya Jiji.
- L’Étrangère de Gaya Jiji (France, 1h41) avec Zar Amir, Alexis Manenti, Amr Waked…
