Après L’Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier nous plonge dans La Chaleur d’un camping landais, avec un drame existentiel qui transforme un ado en un véritable adulte.
Il y a vingt ans, le Normand Franck Dubosc évoquait les vacances passées avec ses parents dans Camping, la comédie populaire de Fabien Onteniente. Autre époque, autre ambiance et autre point de vue avec La Chaleur de Stéphane Demoustier où l’on découvre Marouane (formidable Hadrien Hussein), 17 ans, quelques heures avant que toute la famille plie bagages. La Chaleur, titre qui tombe à pic en ce début d’été éprouvant, en dit long sur l’atmosphère écrasante qui pèse sur le film. D’autant qu’en quelques scènes, on passe du film de vacances au drame existentiel.
Ici, comme dans la plupart des campings, parents et ados s’occupent chacun de son côté. Stéphane Demoustier cerne à la perfection le malaise des adultes, qui se sentent de trop, et leurs efforts désespérés pour supporter, dans tous les sens du terme, un gamin qui prend toujours l’air malheureux en leur présence. Il cerne tout aussi bien l’état d’esprit des jeunes qui, le temps d’un été, ne pensent qu’à conclure avec une fille, le stress montant au fur et à mesure qu’approche le jour du départ.
Un cauchemar
Si le doux Marouane n’est pas le plus conquérant du camping, il n’en pas moins concerné lorsqu’il tombe sous le charme de la belle et indépendante Giulia (Martina La Manna). Pourtant, pour lui, en cette dernière soirée au bord de la mer, les vacances vont virer au cauchemar macabre : il assiste impuissant à la mort accidentelle d’Oscar (Noé Houssard) et, se sentant responsable, au lieu d’appeler les secours, traine le corps jusqu’à la plage pour l’enfouir dans le sable. Ses parents ayant repoussé le moment du départ, Marouane passera ses dernières heures de vacances à craindre que l’océan dévoile le cadavre aux yeux de tous. C’est à peine s’il profite de l’intérêt que lui porte Giulia.
Peu d’actions, une enquête des gendarmes plutôt discrète, l’intérêt de La Chaleur se trouve dans la détresse mentale de Marouane, magnifiquement exprimée par la musique lancinante de Pierpaolo Saccomand. L’ado semble tout vivre au ralenti, inquiet à chaque question qu’on lui adresse, y répondant avec prudence… Avec lui, le spectateur se retrouve comme dans un état second avec l’impression de flotter d’une scène à l’autre sans savoir comment Marouane va se sortir de la situation dans laquelle il risque à chaque instant de se noyer. Pour cet ado sage, ces vacances marqueront la fin de l’insouciance.
- La Chaleur de Stéphane Demoustier (France, 1h33 ) avec Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna…
