Une famille dans une voie sans issue

Ça commence comme des vacances pour un père (John Magaro), une fillette (Molly Belle Wright), un petit frère (Wyatt Solis), et le chien de la famille… / Photo : Sanctuary Content

Film déchirant sur l’abandon, porté par des acteurs magnifiques, Sur La Route d’Omaha de Cole Webley, au cinéma mercredi 22 juillet, a remporté le Prix du Jury du dernier festival du Cinéma américain de Deauville. 

« Le cinéma indépendant américain, ça ressemble à un nom de résistance »  affirmait Golshifteh Farahani, présidente du jury du dernier festival du Cinéma américain de Deauville, lors de la remise des prix. « À travers les films que nous avons vus, choisis, débattus avec passion, une image s’est imposée : celle d’un pays immense, puissant, en chute libre sur ses fondements, une Amérique qui vacille non pas par manque de créativité, mais par l’abandon de ce qui fait société. Tous ces films racontent la même chose : l’abandon, l’abandon par l’Etat, l’abandon du service public, l’abandon du soin, de l’écoute, de la solidarité. Ces films nous disent aussi que ce modèle américain, cette fuite en avant libérale, brutale, cynique, s’étend et contamine. Il est temps de résister. C’est pourquoi, à notre toute petite échelle, nous célébrons tous ces films qui résistent. » 

C’est ce mercredi 22 juillet que sort sur nos écrans le Prix du jury 2025, Sur La Route d’Omaha de Cole Webley, un film déchirant raconté avec justesse et retenue. Le film s’ouvre sur un matin, qui peut paraître comme les autres, avec un père qui réveille ses deux enfants comme pour aller à l’école. Sauf que ce jour-là, ils vont monter dans la vieille voiture qui a du mal à chaque démarrage et quitter leur maison pour ne jamais y revenir.   

Un voyage inattendu

Pour son premier long-métrage, Cole Webley signe un roadmovie qui nous embarque sur les routes du Midwest en compagnie d’un veuf (John Magaro), père mutique mais attentionné, une fillette (Molly Belle Wright) au regard grave qui pose des questions sans obtenir de réponse, un petit frère (Wyatt Solis) plus insouciant, et le chien de la famille. Pour Ella et Charlie, ce voyage inattendu ressemble à des vacances. Pour le spectateur, le regard triste du père, sa manière d’esquiver toute explication, sa façon de compter le moindre dollar, en disent long sur les difficultés financières qu’il traverse. 

Ce périple familial vers Omaha, dans le Nebraska, permet à Cole Webley d’observer avec subtilité les souffrances des parents et celles des enfants, souvent différentes mais toutes aussi traumatisantes. Le choix des acteurs qui portent le film était essentiel et le réalisateur ne s’est pas trompé, ils sont tous les trois merveilleux : John Magaro — son visage soucieux, mangé par la barbe, nous fait penser à Volodymyr Zelensky —, nous émeut. La maturité de Molly Belle Wright nous bouleverse et, du haut de ses 6 ans, le petit Wyatt Solis nous attendrit au point qu’il est bien difficile de retenir ses larmes à la fin du voyage.

En prime, ce film, puissant et délicat, nous éclaire sur la safe-haven law, la Loi Refuge, votée en 2008 par les parlementaires du Nebraska pour réduire le nombre d’avortements, et qui a bouleversé le destin de nombreux enfants. Pour en savoir plus, il faut vous lancer Sur La Route d’Omaha, le déplacement en vaut la peine.

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