Trois sœurs face à leur passé

photo : Gauthier Thypa

Les secrets de famille sont lourds à porter. Pour ces trois sœurs, il n’est pas simple de construire sa vie sereinement. C’est l’histoire de cette création du collectif Commune Idée, écrite et mise en scène par Hélène Cabot et traduite en langue des signes. Entre Fils est joué vendredi 11 février au théâtre de Duclair.

Dans cette famille-là, il y a des souvenirs qui pèsent, des paroles qui restent en travers de la gorge. Les blessures sont toujours aussi vives. Même vingt ans plus tard. Cela fait en effet vingt ans que ces trois sœurs n’ont pas vu leur mère. Les raisons de cet éloignement sont identiques mais chacune l’exprime de manière différente. Les trois femmes ont leur histoire, leur ressenti, leur caractère, leur langage. Désormais, il est temps de se parler.

Hélène Cabot s’est emparée d’une histoire vraie pour écrire Entre Fils, une conversation entre Sophie, Juliette et Lucie, trois femmes au parcours chaotique jouées par Elvire Le Cossec, Marine Chambrier et Émilie Ozouf. « Elles n’arrivent pas à avancer dans leur vie parce qu’elles sont dans un flou. Elles cherchent leur place ». L’autrice et metteuse en scène aborde dans cette pièce de théâtre la transmission et l’héritage familial avec les non-dits et les secrets. Elle a fait sienne cette phrase de Françoise Dolto : « ce qui est tu dans la première génération est porté dans le corps par la deuxième ».

En deux langues

Lors de cet échange, qui oscille entre joie, tendresse et colère, les trois sœurs livrent les pièces de ce puzzle familial qui s’est déconstruit un soir de Noël. Sophie et le père sont les premiers à partir. Suivront Juliette, puis Lucie. Les trois femmes qui sont à la fois pleines d’humanité et des monstres qui ont coupé les liens avec leur mère. Or celle-ci reste omniprésente. « C’est une femme séductrice qui ne voulait que des garçons ». Elle en aura un, son quatrième enfant. Alors elle est là de manière symbolique avec Marion Soyer, danseuse attachée à un élastique qui devrait casser mais revient toujours au point de départ, le passé.

Sur la musique vibrante d’Anne-Laure Labaste, Entre Fils relate une quête et une enquête pour ces trois femmes qui veulent comprendre le comportement de leur mère pour tenter de se libérer d’un poids accroché dans leur corps. Et elle se raconte avec les mots et en langue des signes. « J’ai voulu deux partitions afin de montrer la nuance des langues. On passe ainsi d’une langue à l’autre. Ce peut être l’une parle et traduit ou l’une parle et l’autre traduit. Le public a accès à la même histoire mais pas forcément au même moment », confie Hélène Cabot. Les trois comédiennes disent et signent le texte de façon simultanée ou avec un décalage. C’est toujours le corps de ces trois femmes qui parle et le visage qui traduit les émotions.

Infos pratiques

  • Vendredi 11 février à 20 heures au théâtre de Duclair
  • Durée : 1h30
  • Tarifs : 20 €, 15 €
  • Réservation au 02 35 05 95 69
  • photo : Thypa-photographie
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