La difficile rupture avec l’enfance

Francesca (Romana Maggiora Vergano) et son père Luigi (Fabrizio Gifuni) ont quitté l’Italie pour se retrouver à Paris / Photo : Pyramide distribution

Avec Prima La Vita — traduire « D’abord la vie » —, en salles mercredi 12 février, Francesca Comencini signe un film très personnel sur son enfance et ce passage à l’âge adulte qui fut douloureux pour elle malgré le soutien inconditionnel de son père.

En 1984, Pianoforte, son tout premier long-métrage, mettait en scène deux toxicomanes tentant d’échapper à l’emprise de l’héroïne. Un film personnel puisque Francesca Comencini avait connu les ravages de la drogue. Quarante ans et une douzaine de films plus tard, la réalisatrice italienne nous livre un film tout aussi personnel avec Prima La Vita qui évoque son enfance heureuse auprès d’un papa cinéaste, son adolescence houleuse au grand désespoir de son père, jusqu’à sa vie de femme, lorsqu’elle a enfin trouvé sa voie. Ce travail de mémoire, initié pendant la période de confinement due au Covid, permet au spectateur de remonter le temps et, lui aussi, revisiter les différentes étapes de sa vie souvent reliée à celle de ses aînés.

Francesca Comencini découpe Prima La Vita en trois parties. La première, joyeuse, met en scène un père et sa fille : Luigi (Fabrizio Gifuni) et Francesca (Romana Maggiora Vergano) aiment se retrouver autour d’histoires fabuleuses, de dessins, de poteries et du film sur lequel il travaille : Pinocchio.  Elle l’admire, et lui, lui parle comme à une grande personne. Leur complicité fait envie. Et puis ça se complique dans une seconde partie, plus grave, justement lorsque Francesca devient une grande personne. La jeune femme sort, va et vient, enchaine les amourettes, se drogue… Francesca se perd sous le regard désapprobateur de son père impuissant. En même temps que l’Italie vit ses Années de plomb, le film prend une tournure sombre, douloureuse.

Entre le père et la fille, on pourrait penser que la complicité s’est brisée nette. Pourtant, Luigi va tenir bon et sortir Francesca de son environnement nocif en l’emmenant à Paris. Comprenant que son père sera toujours là pour elle, la jeune femme parvient à redonner un sens à sa vie. Elle aussi sera cinéaste.  

Prima La Vita démontre une fois encore que, pour faire du cinéma, même le plus sérieusement du monde, il vaut mieux avoir gardé son âme d’enfant. C’est le cas de Luigi, pendant que Francesca se désespère à l’idée de ne jamais pouvoir être à sa hauteur. Il leur faudra du temps — Il Tempo che si vuole, le titre italien, se traduit par Aussi longtemps que tu veux — pour être au diapason. L’essentiel étant d’y parvenir avant le grand départ.  

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