Pour Connemara, son cinquième film qui sort au cinéma mercredi 10 septembre, Alex Lutz s’installe derrière la caméra — et uniquement derrière — pour adapter le roman éponyme de Nicolas Mathieu.
« Au départ, je voulais adapter un autre roman de Nicolas Mathieu, Les Enfants après eux, prix Goncourt, mais je suis trop lent et j’ai été devancé… », confie Alex Lutz en présentant son film aux Rencontres romantiques de Cabourg. Et c’est vrai, en 2024, les frères Boukherma nous avaient transportés dans les Vosges natales de l’auteur pour partager l’été d’adolescents, entre ennuis, baignades, amourettes et bagarres.
Lui-même originaire du Bas-Rhin, Alex Lutz se retrouve dans les romans de Nicolas Mathieu et s’empare alors d’une autre histoire, Connemara pour nous amener dans la région d’Épinal qu’Hélène (Mélanie Thierry) a quitté depuis longtemps. La jeune femme a fondé une famille, a fait carrière mais on la découvre en plein burn out. Il est temps pour elle de rentrer au pays pour se ressourcer, avec mari, enfants et nouveau travail. Tout va pour le mieux jusqu’à ce qu’Hélène croise Christophe Marchal (Bastien Bouillon), le bel hockeyeur de ses années lycées. Et ce lointain objet du désir devient l’impensable amant. La question se pose : l’amour est-il possible entre deux êtres si différents ?
« J’adore la mise en scène »
On comprend aisément l’intérêt d’Alex Lutz pour le roman de Nicolas Mathieu qui aborde des thèmes parlant à tous : le retour aux sources, le transfuge de classe, les amours contrariées, l’usure du couple. « C’est surtout son écriture qui me plait. Dans Connemara, je retrouve ce que j’aime chez lui, une acuité sur l’âme humaine, le sens du portrait, les sentiments opposés chez chacun des personnages d’où qu’ils viennent et qui finissent par se ressembler à travers des sentiments communs comme la honte, la loyauté. Tout cela m’inspirait beaucoup. »
Alex Lutz — qui, pour la première fois, reste derrière la caméra — filme deux êtres qui se retrouvent, retombent dans l’adolescence, s’aiment. Sauf que l’une a évolué et que l’autre est resté le même. « J’adore la mise en scène, j’adore diriger des acteurs et des actrices. Il était temps pour moi de fantasmer uniquement pour des copains et des copines. Une fois que Bastien Bouillon avait accepté le projet, Mélanie s’est imposée, et c’est vite devenu une évidence. Elle apporte quelque chose de très romantique mais à la fois très concret, parfait pour incarner le romantisme d’Hélène adolescente et l’armure qu’elle a dû se construire pour conduire cette espèce de bulldozer qu’est sa vie à Paris. Bastien, lui, parvient à incarner un sportif énergique en lui donnant l’élégance d’un danseur. Tous deux dégagent une sensualité incroyable. »
Un duo bouleversant
Alex Lutz fait des va-et-vient entre ses deux héros, entre leur vie, présente et passée : « Je voulais faire une tresse, comme la tresse d’Hélène enfant. Une tresse autour de trois thèmes, le corps en devenir lorsqu’il sont adolescents, le corps devenu et le corps social. » Un corps social qui prend de l’importance sur l’état psychique d’Hélène dont les émotions sont accompagnées de morceaux de musique émouvants comme l’air des Pêcheurs de perles de Bizet, « dans la version de Tino Rossi, souligne Alex Lutz, j’y tenais parce que c’est un mixte entre l’opéra, apprécié dans les milieux cultivés, et le chanteur populaire écouté dans les familles plus modestes. Sans oublier la chanson de Michel Sardou qui accompagne aussi bien les soirées d’étudiants d’HEC comme les fêtes de familles, les mariages… »
Certains auront du mal à oublier que le dysfonctionnement du couple d’Alex Lutz nous renvoie à Simple comme Sylvain de Monia Chokri (2023) et que Bastien Bouillon a déjà déçu une transfuge (Juliette Armanet) dans Partir Un Jour d’Amélie Bonnin, sorti au mois de juin 2025. Heureusement, le comédien — devenu indispensable au cinéma français — ne déçoit jamais, et son duo avec Mélanie Thierry nous bouleverse du début jusqu’à la fin de ce Connemara.
- Connemara d’Alex Lutz (France, 1h55) avec Mélanie Thierry, Bastien Bouillon, Jacques Gamblin…
