C’est une œuvre, parmi les classiques, qui ouvre la saison lyrique de l’Opéra de Normandie Rouen. Créée à Venise en 1853, La Traviata de Verdi (1813-1901) raconte l’histoire de Violetta, une femme libre qui s’interroge sur le bonheur et veut croire en l’amour, notamment avec Alfredo. Or le destin de cette « dévoyée » est tragique. La Traviata est une pièce bouleversante que Jean-François Sivadier a mis en scène en 2011 et transposé dans une ville de Paris au XIXe siècle avec dans le rôle titre, Natalie Dessay. Quatorze saisons plus tard, Rachid Zanouda reprend cette création avec entre autres Chelsea Lehnea (Violetta) et Leonardo Sanchez (Alfredo), l’orchestre de l’Opéra de Normandie Rouen dirigé par Dayner Tafur-Díaz. Entretien avec le metteur en scène.
Est-ce que La Traviata de Verdi est une œuvre qui a sillonné votre parcours artistique ?
Je ne viens pas d’un milieu culturel. Je suis un autodidacte. J’ai suivi des études à l’école du théâtre national de Bretagne pendant lesquelles j’ai rencontré Jean-François Sivadier. J’ai travaillé avec lui lors de la création de La Traviata en 2011. Je ne connaissais pas cette œuvre profondément. Depuis, je sifflote des airs de La Traviata.
Cette œuvre est ponctuée de tubes.
Oui, c’est en effet une partition avec des tubes qui étaient associées pour moi à Mercedes. La musique m’a davantage marqué que la voiture. Rien n’appartient à personne si ce n’est à soi-même en fonction de ce que l’on ressent lorsque l’on écoute ces musiques. Ensuite, on approfondit ses recherches lorsque l’on est curieux.
Comment avez-vous abordé cette œuvre ?
Jean-François Sivadier part beaucoup des personnes qu’il a face à lui. Il adapte ce qu’il a imaginé avec les interprètes. En 2011, Natalie Dessay tenait le rôle de Violetta. Entre lui et les interprètes, il existe un point où ils se retrouvent. Dans ce spectacle, il y a l’écriture de sa mise en scène et sa vision qui est un hymne à la vie et à l’amour. Il y a une idée de ne pas s’occuper de la résolution de l’histoire mais de prendre en compte toutes les tentatives.
Pour trouver ce point, il faut apprendre à se connaître.
Tout à fait. Il faut un temps pour s’apprivoiser, pour trouver un vocabulaire commun afin de savoir de quoi l’on parle. Nous arrivons toujours à nous comprendre. Avec Chelsea et Leonardo, cela n’a pas pris beaucoup de temps.

Comment avez-vous travaillé avec Chelsea Lehnea ?
Ce fut une agréable surprise. Pour elle, ce n’est pas simple parce que c’est une prise de rôle. Il y a donc un enjeu. J’aime chez elle une liberté de jeu. Chelsea Lehnea est la Gena Rowlands de l’opéra. Dans ce jeu, on pourrait y voir de la folie. Mais ce n’est pas cela. Elle met ce qu’elle ressent, partage sa vision du personnage et se met au service du plateau. C’est la même chose pour Leonardo. Avec Anthony Clark Evans, ce fut différent. Il a déjà joué une dizaine de fois le rôle de Germont. Il avait donc une idée précise de ce personnage. Avec lui, il a fallu commencer par déconstruire pour s’ouvrir à autre chose. Ce fut très beau de redécouvrir ce que l’on connaît.

Qui est vraiment Violetta ?
Violetta est une femme libre. Elle ne vit que par le filtre de sa liberté. C’est un combat qui résonne fort aujourd’hui. Nous ne sommes pas encore arrivés à une égalité. Pour moi, Violetta n’est pas seulement dans ce combat. On lui impose ce combat, cette façon d’être. Si elle veut faire la fête et se saouler, pourquoi l’empêcherait-on ? La résonance est en effet très forte. En fait, ce sont les hommes qui ne changent pas.
Et l’amour dans tout cela ?
Violetta finit par accepter et se laisser aspirer par cette abondance d’amour que lui offre Alfredo. C’est quelque chose de tout nouveau pour elle. Elle ne s’y attendait pas. À la fin de l’acte 1, les paroles d’Alfredo résonnent dans sa tête et elle ne peut se débarrasser de tout ce qu’elle ressent.
Jean-François Sivadier a fait le choix d’une scénographie épurée. Pourquoi ?
Ce qui est montré dans ce spectacle, c’est l’outil théâtre. L’espace est ouvert et doit respirer. Le plateau est relativement libre pour que les protagonistes s’expriment. C’est ainsi que la scène respire au fil de l’œuvre.

Infos pratiques
- Vendredi 26 septembre à 20 heures, dimanche 28 septembre à 16 heures, mardi 30 septembre à 20 heures, jeudi 2 octobre à 20 heures, samedi 4 octobre à 18 heures, mardi 7 octobre à 20 heures au Théâtre des Arts à Rouen
- Durée : 2h40
- En italien surtitré en français
- Tarifs : de 85 à 10 €
- Réservation au 02 35 98 74 78 ou en ligne
- Aller au spectacle en transport en commun avec le réseau Astuce
