La Guerre aux clichés

Benoît Poelvoorde et Pascal Elbé dans une scène qui n’est pas sans rappeler Bourvil et Louis de Funès dans « La Grande Vadrouille » / Photo : UGC Distribution

Devant et derrière la caméra pour La Bonne Étoile, Pascal Elbé nous livre une vision décalée de la Seconde Guerre mondiale. Son duo avec Benoît Poelvoorde nous rappelle parfois Bourvil et De Funès dans La Grande Vadrouille.

Pascal Elbé est venu présenter son nouveau film à Rouen, un après-midi de vacances scolaires, preuve que sa Bonne Étoile est une comédie familiale à voir « à partir de 7/8ans, l’âge du petit héros du film, l’âge où il est temps de découvrir l’histoire », précise le comédien et réalisateur. « D’ailleurs, lorsque j’ai rencontré les jeunes comédiens, je leur ai demandé de me raconter la guerre, ajoute-t-il avec humour. Et ils avaient une vision de la guerre, de ce que leurs parents leur avaient transmis. En fait, ça les intéresse. De toute façon, aujourd’hui, il est important de reparler de notre Histoire, même avec un nez rouge et une proposition un peu décalée. » 

Avec La Bonne Étoile — en référence à l’étoile jaune que devaient porter les Juifs pendant la guerre — Pascal Elbé nous présente ainsi une vision quelque peu décalée de la Seconde Guerre mondiale avec un lâche pour héros. Nous voici en France en 1940. Son anti héros s’appelle Jean Chevalin (Benoît Poelvoorde, parfait en idiot sympathique). Étant le seul à avoir survécu à une attaque allemande, il décide prudemment de déserter. Résultat, pour rester en vie et libre, il se fait très discret auprès de sa femme Paulette (Audrey Lamy, drôlement sévère) et leur fils. On aurait pu en rester là mais Pascal Elbé l’emmène encore plus loin dans la bêtise. 

Une humanité

« Je me suis inspiré des comédies italiennes, les tragi-comédies, qui prenaient des gens ordinaires avec beaucoup d’humanité, pour détourner les clichés, les tourner en dérision… »  Et pour ça, il fait fort : sans le sou, et convaincu que « certains » s’en sortent mieux, voilà que Chevalin fait appel à un faussaire pour faire passer les siens pour une famille juive, espérant ainsi bénéficier de l’aide de passeurs pour accéder à la zone libre. Fallait y penser !

« J’aime bien présenter des personnages qui ne sont pas exempts de tous reproches mais qui ne peuvent que s’élever au fil de l’histoire. Chevalin va s’élever au contact de l’autre et se débarrasser de ses clichés. » L’autre, c’est un certain Sam Goldstein que Pascal Elbé — qui avait très envie de jouer avec Benoît Poelvoorde — incarne avec jubilation, un juif, un vrai, à la recherche de son fils dont il a été séparé avant de pouvoir passer la ligne de démarcation. À la manière de Bourvil et De Funès dans La Grande Vadrouille de Gérard Oury (1966), ces deux-là vont devoir faire un bout de chemin ensemble et, en fréquentant Goldstein, Chevalin va apprendre à se débarrasser de ses préjugés. 

« J’ai choisi Benoît Poelvorde parce qu’il dégage une telle humanité », conclut Pascal Elbé. De cette humanité qui permet de rendre sympathique les plus lâches. Avec lui, La Bonne Étoile rappelle que le racisme ou le sectarisme tiennent plus de la bêtise que d’une quelconque réalité. 

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