Lorsque la mère disparaît

Le jeune Manoâ Varvat a remporté le Prix d’interprétation masculin au festival du Film de Sarlat  pour son rôle de Gaspard le grand frère de Margaux (Nina Birman) / Photo : Studio Canal

Après le tendre Toni en famille, Nathan Ambrosioni retrouve Camille Cottin pour évoquer la parentalité imposée dans Les Enfants vont bien, un film délicat, dans les salles de cinéma mercredi 3 décembre, qui s’ouvre sur la disparition volontaire d’une mère.

Valois de diamant au festival du Film francophone d’Angoulême, Les Enfants vont bien commence comme une ballade du dimanche : Suzanne (Juliette Armanet) débarque sans prévenir chez sa sœur accompagnée de ses deux enfants, Gaspard (Manoâ Varvat) et Margaux (Nina Birman). Cette visite impromptue étonne — pour ne pas dire dérange — Jeanne (Camille Cottin), qui parvient à faire bonne figure.

Cette brève introduction permet d’en savoir beaucoup sur ces deux sœurs qui ne se sont pas vues, ni même parlé depuis longtemps. Elles se ressemblent physiquement mais leurs vies sont aux antipodes : la mère de famille, débordée, dépassée, presque ailleurs, contraste avec la célibataire — en couple à distance avec Nicole (Monia Chokri) — sûr d’elle, bien dans sa peau. Elle, elle a les pieds sur terre.

Le film prend un virage à 180° lorsqu’au réveil, Jeanne constate que Suzanne est partie en lui confiant ses enfants dans un mot succinct. C’est la sidération. Se sentant incapable de s’occuper de ses neveu et nièce, Jeanne perd pieds. La colère la gagne lorsque les gendarmes renoncent à toute recherche ; Suzanne ayant disparu volontairement. « J’aimais bien l’idée de construire le film à l’envers, comme une tragédie inversée : on commence par le pire avec le départ de cette mère, puis on va vers la lumière avec la construction de cette nouvelle famille », témoigne Nathan Ambrosioni en présentant son film au festival du Film de Sarlat. 

Une nouvelle vie

Avec délicatesse et sensibilité, le jeune réalisateur de 26 ans filme donc l’apprentissage de cette nouvelle vie à trois, d’abord bancale, avançant au coup par coup, puis qui s’organise petit à petit. Jeanne se sent finalement responsable de ces deux enfants, consciente d’avoir à les aider à surmonter un sentiment d’abandon justifié. Gaspard et Margaux, eux, vont devoir s’adapter à cette nouvelle Maman, plus « riche » comme le dit l’aîné, mais moins disponible, peu câline voire distante, qui les confie dès que l’occasion lui est donnée à sa discrète compagne en manque d’enfants. 

Comme le trio, le spectateur espère le retour de Suzanne. Mais Nathan Ambrosioni n’est pas du genre à céder aux joies du happy end éclatant. « J’aime les fins irrésolues, confie le réalisateur. Quand je vais au cinéma, j’aime que les films m’habitent et quand je peux continuer l’histoire moi-même. Ici, le mystère de la disparition est tellement complexe… Dans la vie, 15 000 personnes disparaissent chaque année, et on ne sait rien sur elles. En même temps, je n’aime pas plomber l’ambiance. »

Vous l’aurez compris, pas de happy end hollywoodien, mais en sortant de la salle, on en est persuadé : Les Enfants vont bien. Et c’est bien l’essentiel.

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