Entre épreuves et résilience

Manon, maman sourde, en pleine conversation avec son fils entendant / photo : Yves Osmu

Dans Elle entend pas la moto, un film dans les salles de cinéma mercredi 10 décembre, la réalisatrice Dominique Fischbach s’intéresse au handicap dans le cadre d’une fratrie et nous raconte le parcours de Manon, jeune maman sourde depuis son enfance à aujourd’hui. 

Les documentaristes ont de la mémoire. Souvenez-vous Gilles Perret filmant l’évolution de La Ferme des Bertrand sur une cinquantaine d’années. Dominique Fischbach, elle, a choisi de nous dévoiler le parcours d’une jeune femme sourde qu’elle filme depuis ses 11 ans. Sur différents écrans, elle aura été Petite sœur, Grande sœur, Manon, Maman et aujourd’hui, elle est l’héroïne de Elle entend pas la moto.

Pour ce premier long-métrage pour le cinéma, la réalisatrice la retrouve au moment où elle part rejoindre ses parents dans un chalet en Haute-Savoie avec son mari et son petit garçon Mathéo. Tout fait penser à des vacances sereines en famille mais le spectateur découvrira en son temps que ce rendez-vous particulier tient plutôt de la célébration. 

Après avoir découvert une mère comme tant d’autres avec son fils de 2 ans, le spectateur va à la rencontre de cette jeune femme sourde, très expressive, échangeant naturellement avec son enfant autant par la parole que par les signes. Puis Dominique Fischbach va plus loin en remontant le temps grâce à ses propres rushes mais aussi des vidéos familiales. On apprend alors que Manon est sourde profonde depuis la naissance, qu’elle est la cadette d’une fratrie de trois enfants, composée de Barbara, l’aînée, et de Maxime, le benjamin, sourd de naissance, et décédé brutalement en 2016. 

Une intimité

On passe de grands moments en compagnie de cette famille dynamique : des moments joyeux autour du petit Mathéo qui ravit parents et grand-parents, des moments émouvants lors des soirées de visionnage, des moments douloureux aussi lorsque le souvenir de Maxime fait mal. Une famille exemplaire : à commencer par Manon qui, à force de persévérance, est parvenue à devenir kinésithérapeute malgré des cours à la fac sans traducteur — l’occasion d’évoquer les manquements de l’Etat en matière de handicap.

On admire son courage, sa force intérieure et sa détermination comme on admire ses parents, Sylvie et Laurent. Le père, qui sort d’une lourde dépression, et la mère toujours en action, prennent le temps de se poser pour se parler, s’écouter, se réconforter. Et quand on a deux enfants sourds, que l’une a trouvé sa voie alors que l’autre a échoué à se faire un chemin dans la vie, on se pose forcément une multitude de questions échappant difficilement à un profond sentiment de culpabilité. 

Sans voyeurisme, le spectateur partage l’intimité de cette famille généreuse, entre épreuves douloureuses et résilience sereine. C’est fort et émouvant.

  • Elle entend pas la moto de Dominique Fischbach (France, 1h34) 
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