Mère et femme libre

Clémence (Vicky Krieps) va profiter de tous les instants où elle a la garde de Paul (Viggo Ferreira-Redier) / photo: Tandem Films

Aux Journées romantiques de Cabourg, la réalisatrice Anna Cazenave Cambet a remporté le Prix du Jury Jeunesse pour Love Me Tender, son deuxième long-métrage, à voir au cinéma mercredi 10 décembre, après De L’Or pour les chiens.

Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, puis chouchou du Jury Jeunesse aux dernières Journées romantiques de Cabourg, Love Me Tender a également un Prix spécial du jury au Festival international du film de Rio de Janeiro au Brésil. Autant dire qu’il n’y a pas d’âge pour apprécier le film de Anna Cazenave Cambet, une adaptation du roman éponyme de Constance Debré paru en 2020. La réalisatrice prend son temps — plus de deux heures — pour raconter l’évolution douloureuse de Clémence (magnifique Vicky Krieps), une mère, à qui on retire la garde de son enfant et dont les droits de visite devenant de plus en plus espacés, voit petit à petit son fils s’éloigner d’elle.

« J’avais envie que le film soit une expérience à l’endroit du temps… témoigne Anna Cazenave Cambet en présentant son film à Sarlat. Le livre se déroule sur deux ans et demi et je voulais raconter ce qu’est le temps de la justice et le temps de l’enfance. Qu’est-ce que ça veut dire que d’annoncer à une mère qu’elle reverra son fils dans trois mois. Pendant ces espaces-temps, si pas grand-chose ne bouge chez l’adulte, l’enfant, lui, change, se modifie. Je voulais montrer ce que ça fait à un enfant de perdre trois mois de sa vie auprès de son parent. C’était important pour moi que le spectateur puisse éprouver ça. D’ailleurs, la première version du film faisait plus de trois heures. »

Un combat

Dans un premier temps, sur des images calmes et lumineuses, la voix posée de Vicky Krieps expose la situation et c’est à travers elle que les émotions vont passer. Clémence et Laurent (Antoine Reinartz) se sont aimés, ils ont eu un fils, et huit ans plus tard, ils se sont séparés en se partageant la garde de Paul une semaine sur deux, sans aucune forme de procès… 

Anna Cazenave Cambet filme alors la vie de Clémence, ses moments partagés avec Paul, ses moments de liberté, ses histoires d’amour passagères et son histoire d’amour plus sérieuse avec une jeune femme. Quand Laurent l’apprend, son comportement va changer du tout au tout. Il exige que la garde de son fils lui soit exclusive et la justice lui donne raison. C’est le début d’une bataille interminable loin d’être gagnée à l’avance. 

« Je venais juste d’être maman lorsque j’ai lu le livre, nous confie la jeune réalisatrice, je trouvais que Constance Debré mettait des mots justes sur tout un tas d’aspects sur la parentalité, la relation maternelle, et posait des questions que je n’avais jamais vues ou lues nulle part. Une mère est-elle obligée d’aimer son enfant éternellement quand on ne le voit pas ? J’avais l’impression que cette mère, je ne l’avais jamais vue au cinéma… »    

De fait, cette Clémence, à laquelle Vicky Krieps donne son charme doux et sa force tranquille, se bat pour la garde de son fils mais elle mène aussi un combat féroce pour rester une femme libre.

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