Sans son grand complice Gustave Kervern, Benoît Delépine se lance en solo et nous propose Animal Totem, un film à voir mercredi 10 décembre au cinéma et un conte corrosif mais aussi drôle et poétique rappelant que l’homme partage la Terre avec la faune et la flore.
Après onze longs-métrages écrits et réalisés avec son complice Gustave Kervern — de Aaltra en 2024 à En Même Temps en 2022 en passant par Louise Michel en 2008, Le Grand Soir en 2012, I Feel Good en 2018… – , Benoît Delépine signe en solo Animal Totem, un conte écolo qu’il est venu présenter au festival du Film de Sarlat. Il a tourné son long-métrage en Picardie où son grand-père était agriculteur.
« En tant que cinéaste, contrairement à l’intelligence artificielle, pour faire des films, on doit puiser des éléments dans sa propre vie, avance-t-il non sans lancer une petite pique envers l’IA dont on entend de plus en plus parler dans le milieu du cinéma. Avec Gustave, depuis une vingtaine d’années, on essaie de montrer les problématiques sociologiques qui animent la France, et surtout la province. Il se trouve que, ces deux dernières années, ce sont surtout les immenses ballades dans la campagne qui m’ont calmé. Et au fur et à mesure de mes rencontres animales, j’en suis arrivé à la volonté de faire un film qui représente tout ça. D’autant que dans la région où j’habite, à 15 km d’Angoulême, une usine de macadam a menacé de s’installer à quelques mètres de zone Natura 2000 en bord de Charente. Elle allait flinguer toutes les cultures biologiques. Alors on a fait un collectif pour manifester notre opposition mais face au rouleau compresseur, ce n’était pas gagné. Je me suis donc mis à écrire ce film en me disant qu’au moins, j’aurais une vengeance symbolique au vu de ce qui risquait de se passer… »
Comme un road-movie
Voici donc Animal Totem dont le héros solitaire, Darius (Samir Guesmi), traîne une valise à roulettes attachée par une menotte à l’un de ses poignets. Il vient de quitter l’aéroport de Beauvais où on lui a tout dérobé. Sans papier ni argent, il compte cependant accomplir sa mission et décide de rejoindre le quartier d’affaires de La Défense à Paris à pied.
Sur une musique de Sébastien Tellier, Benoît Delépine signe une sorte de road-movie rural dans un format cinémascope anamorphosé — on pense souvent à Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Ce qui amène à voir l’homme tout petit au cœur des différents champs et des zones pavillonnaires qu’il traverse. Et comme si ce format inhabituel ne suffisait pas, le réalisateur bascule dans un autre format en filmant son voyageur esseulé via le regard des animaux qu’il croise en chemin, du cerf à la mouche, en passant par le renard, la chenille, la chouette… Naturellement, il ne croisera pas seulement des bestioles mais aussi des personnes étonnantes, un poète (Patrick Bouchitey)), une hackeuse écolo-anarchiste (Solène Rigot), un policier méticuleux (Harpo Guit), un garde du corps (Pierre Lottin), jusqu’à affronter l’ogre du conte, un certain Philippe Ripauillac (Olivier Ragondin) parfaitement odieux…
On ne découvre donc la mission de Marius qu’à la toute fin du film. De toute façon, comme l’affirme un proverbe chinois : « Le bonheur n’est pas une destination, mais une manière de voyager ». Avec Animal Totem, le bonheur est autant dans le voyage — lent et sans empreinte carbone — que dans sa réjouissante destination qui donne à réfléchir.
- Animal Totem de Benoît Delépine (France, 1h29) avec Samir Guesmi, Olivier Rabourdin, Solène Rigot…
